La semaine de travail de quatre jours ne semble pas provoquer de stress lié à des « temps comprimés », contrairement à ce que certains craignaient. Cette conclusion est confirmée par la recherche la plus approfondie jamais menée sur le sujet.
Les opposants à la semaine de travail raccourcie ont désormais un argument en moins. En effet, ceux qui ont adopté cette organisation du travail constatent une amélioration de leur santé physique et mentale, une augmentation de leur productivité ainsi qu’une plus grande satisfaction au travail, tout en conservant leur salaire initial.
Ce résultat est confirmé par la plus vaste étude à ce jour sur le sujet, publiée dans Nature Human Behaviour. Elle a été réalisée auprès de près de 2 900 salariés issus de 141 entreprises réparties dans six pays qui ont adopté la semaine de quatre jours. La crainte selon laquelle réduire le temps de travail pourrait générer un stress supplémentaire s’avère infondée : les chercheurs n’ont trouvé aucune preuve de cet effet, et si celui-ci se manifestait, il serait largement surpassé par les bienfaits liés à un repos accru.
Savoir préparer sa transition
Wen Fan, sociologue au Boston College, a mené une analyse en collaboration avec ses collègues sur les données de 2 896 employés issus de 141 entreprises. Ces entreprises, situées en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis, au Canada, en Irlande et au Royaume-Uni, ont participé à un programme pilote organisé par l’organisme à but non lucratif 4 Day Week Global, destiné à aider les entreprises à repenser leur organisation sur une base de quatre jours.
Durant huit semaines, les sociétés ont pu collaborer avec des coachs spécialisés afin de revoir leur flux de travail pour compenser le 20 % de temps de travail en moins, tout en maintenant la rémunération initiale de leurs employés. L’accent a été mis sur l’élimination des processus clairement Inefficaces et chronophages, tels que certaines réunions inutiles ou peu pertinentes. Les salariés ont également répondu à des enquêtes sur leur bien-être mental, évoquant par exemple leurs frustrations au quotidien ou leur niveau de stress.
Bienfaits physiques et psychologiques
Après six mois, les salariés ayant adopté la semaine de quatre jours ont rapporté une augmentation de leur productivité, une amélioration de leur santé et une plus grande satisfaction professionnelle par rapport à ceux issus de 12 autres entreprises qui avaient envisagé de participer au projet mais avaient finalement décidé de ne pas continuer.
Comparés aux questionnaires initiaux, les employés des 141 entreprises ont aussi signalé une diminution du sentiment d’épuisement professionnel (burnout), une plus grande satisfaction au travail, ainsi qu’une meilleure santé mentale et physique. Les chercheurs estiment que ces améliorations pourraient être dues à une meilleure qualité du sommeil, à une réduction de la fatigue et au sentiment que leur mode de travail s’était amélioré.
Les inquiétudes concernant l’augmentation de la charge de travail apaisées
En ce qui concerne la crainte que la réduction du temps de travail, nécessaire pour tout faire en moins d’heures, puisse générer un stress supplémentaire, les résultats emportent la conviction que ce n’est pas le cas. Aucune source de stress additionnelle n’a été détectée, probablement parce que, lorsque les employés disposent de plus de repos, ils commettent moins d’erreurs et travaillent de manière plus efficace, tout en gagnant du temps.
Il faut aussi mentionner que les personnes occupant des fonctions de supervision ont rapporté des améliorations plus significatives que celles qui exercent des tâches purement exécutives.
Les facteurs du bien-être au travail
Il est difficile d’identifier précisément ce qui explique ces bienfaits. S’agit-il du sentiment d’être mieux traité, de la confiance renforcée de la part de leur hiérarchie ? Peut-être de la diminution du temps de déplacement, ou encore du fait de pouvoir consacrer plus de jours au repos ou aux loisirs, ou simplement de disposer de moins de sources de distraction sur le lieu de travail ?
Les futures études devront trouver des méthodes plus impartiales pour mesurer la productivité réelle des salariés. En attendant, et pour répondre à la question de la durabilité de cette nouvelle organisation, il est important de souligner que 90 % des entreprises impliquées dans cette étude ont choisi de ne pas revenir en arrière et ont préféré maintenir le rythme d’une semaine de quatre jours.