Le chat de Pallas est l’un des félins les plus insaisissables au monde, presque impossible à photographier et à étudier, bien qu’il ne soit pas rare dans son habitat gigantesque. Distribué dans toute l’Asie centrale, du Caucase à l’altiplano iranien jusqu’au Tibet, au Hindu Kush et à l’Himalaya, il vit dans des environnements extrêmes, est actif surtout la nuit et possède un pelage mimétique qui lui permet de se fondre parmi les rochers et les buissons.
Voilà pourquoi la photo que vous voyez ci-dessus, prise par une phototrappes posée par le WWF-Inde, est exceptionnelle: il s’agit de la première preuve photographique de la présence du chat de Pallas dans l’Himalaya oriental.
Surveillance à grande échelle. Le projet du WWF-Inde, financé entre autres par le gouvernement britannique, a prévu une couverture sans précédent de phototrappes dans les montagnes de l’État de l’Arunachal Pradesh, en particulier dans les districts du Kameng occidental et du Tawang. Ici, le WWF a posé 136 phototrappes dans 83 lieux différents, couvrant environ 2.000 km² de montagnes, en quête non seulement du chat de Pallas mais aussi d’autres grands félins (et plus généralement de la faune locale: on ne peut pas choisir qui passe devant une phototrappe…).
Photographie stratégique. La localisation des phototrappes a eu lieu entre juillet et septembre 2024, et depuis lors les appareils photo sont restés actifs pendant huit mois consécutifs, « survivant » même à des altitudes et des conditions climatiques extrêmes. Les résultats de ce qui fut le plus vaste effort de surveillance de la faune locale jamais entrepris dans cette région ne se sont pas fait attendre, bien sûr à partir de la photo du chat de Pallas: L’image a été prise à 4 992 mètres d’altitude, l’une des plus hautes jamais enregistrées pour cette espèce.
Du crottin au chat. Le chat de Pallas n’avait jamais été photographié dans cette partie de l’Himalaya, bien que nous sachions depuis 2019 qu’il y réside: à l’époque, cependant, seules ses excréments avaient été retrouvés, comme nous vous l’avons raconté ici. Toutefois, il ne s’agit pas du seul grand félin photographié à ces altitudes: les phototrappes ont documenté un léopard à 4.600 mètres, un léopard des neiges environ à la même altitude, et un chat marbré à 4.300 mètres.
Outre les félins, les phototrappes ont photographié allocchi (Strix nivicolum), écureuils (le petauriste tacheté), et aussi des groupes de bergers Brokpa avec leur bétail, démontrant que même à ces altitudes il y a des humains qui parviennent à survivre. La vedette reste néanmoins le chat de Pallas, dont l’aire de répartition s’élargit encore avec cette découverte: nous ne parvenons pas à l’étudier, mais nous savons qu’il est là, et c’est toujours une bonne nouvelle.