Les pili sont des structures filamenteuses protéiques situées à la surface des bactéries. Ces structures, qui peuvent varier en longueur depuis quelques fractions de micron jusqu’à plus de 20 micromètres, ont un diamètre compris entre 2 et 11 nanomètres. Composés de sous-unités protéiques appelées pilines ou fimbriae, ils sont généralement organisés selon une configuration hélicoïdale. L’assemblage des pili est réalisé grâce à des machines protéiques complexes localisées dans la membrane externe ou traversant les deux membranes chez les bactéries à Gram négatif. Bien qu’il existe des différences dans le mécanisme d’assemblage entre les bactéries à Gram négatif et à Gram positif, le principe fondamental reste que, chez les Gram négatif, les sous-unités sont excrétées et assemblées à proximité de la pousse en construction. En revanche, chez les bactéries Gram positif, le processus d’assemblage est différent, puisque les pilines peuvent être recyclées ou détruites lors du débranchement du pilus.
Vous pouvez également consulter cet article pour mieux comprendre : Les bactéries sont-elles des êtres vivants ?
Types de pili
Les pili présents chez les bactéries à Gram négatif se répartissent en quatre grands groupes, chacun ayant une fonction spécifique.
- Pili de type I : Il s’agit du type le plus répandu, notamment chez certaines souches d’E. coli et d’autres bactéries de la famille des Enterobacteriaceae. Ils possèdent en leur extrémité des adhésines, ce qui leur permet d’accrocher aux cellules de l’hôte et de jouer un rôle clé dans des infections telles que la cystite. Les pili de type I sont également indispensables à la formation de biofilms sur des surfaces inertes.
- Pili de type IV : Ce sont des pili impliqués dans la mobilité bactérienne. Ils permettent aux bactéries de se fixer à des surfaces et de se déplacer grâce à un mécanisme de contraction. Ce type de pilus génère un mouvement spasmodique, facilitant la migration sur des surfaces solides et la recherche de zones propices à l’adhésion, comme on peut l’observer chez Pseudomonas aeruginosa.
- Pili de type V : Exclusifs aux bactéries à Gram négatif, ces pili constituent des facteurs de virulence qui augmentent leur capacité d’adhésion et la formation de biofilms. Ils se divisent en pili majeurs (d’environ 0,3 à 1,6 µm) et pili mineurs (80 à 120 nm).
- Pili curli : Composés de protéines amyloïdes désignées sous le nom de curlines, ces pili participent à l’adhésion cellulaire et à la formation de biofilms. Ils suscitent également un intérêt en biomédecine en raison de leur rôle dans la pathogénicité.
Chez les bactéries à Gram positif, les pili sont moins diversifiés et se répartissent en deux groupes : les bâtons courts et fins et les pili plus longs et flexibles. Les premiers se retrouvent chez des espèces comme Streptococcus, tandis que les pili longs sont typiques de Corynebacterium ou de certaines souches de streptocoques pathogènes. La synthèse de ces pili passe par des enzymes appelées sortases, qui facilitent leur fixation à la surface cellulaire. Des structures similaires à des pili ont également été observées chez les bactéries à Gram positif via la microscopie électronique, suggérant un rôle dans l’adhésion et la formation de biofilms. Les pili plus longs sont constitués de trois sous-unités protéiques liées covalemment, utilisant des motifs spécifiques d’acides aminés qui facilitent leur traitement et leur attachement à la paroi cellulaire en peptidoglycane.
Fonction des pili
- Adhésion : Les pili jouent un rôle essentiel dans l’attachement aux surfaces et aux cellules de l’hôte. Leur extrémité porte des adhésines qui contrecarrent la répulsion électrostatique entre les bactéries et les cellules hôtes, ce qui est crucial pour la colonisation. Par exemple, N. gonorrhoeae adhère spécifiquement à l’épithélium cervical grâce à ses pili, facilitant ainsi l’infection.
- Mobilité : Certains pili, comme ceux de type IV, permettent aux bactéries de se déplacer en utilisant un mécanisme appelé motilité de type spasme. Ce mouvement spontané aide les bactéries à parcourir les surfaces solides et à rechercher des zones propices à l’adhésion, comme c’est le cas pour Pseudomonas aeruginosa.
- Virulence : Les pili sont des facteurs de virulence importants chez de nombreuses bactéries pathogènes. Leur présence augmente la capacité de fixation aux tissus de l’hôte, favorisant la multiplication et l’interaction avec l’organisme. Par exemple, certains souches pathogènes d’E. coli ou de Vibrio cholerae utilisent leurs pili pour s’accrocher aux tissus, ce qui facilite leur colonisation et le développement de maladies.
- Transfert de matériel génétique : Les pili de conjugaison, ou pili F, permettent la transmission de matériel génétique entre bactéries. Ce mécanisme, crucial dans l’évolution bactérienne, facilite la propagation de traits tels que la résistance aux antibiotiques.
- Évasion du système immunitaire : Les pili aident les bactéries à échapper à la phagocytose par les globules blancs. Par exemple, S. pyogenes utilise ses pili pour résister à l’ingestion par les phagocytes, ce qui renforce leur capacité à causer des infections.
Désormais que vous savez ce que sont les pili, il peut être intéressant de lire d’autres articles sur la cellule procaryote : ses caractéristiques, ses composants et ses fonctions, ainsi que sur la différence entre virus et bactérie.
Si vous souhaitez approfondir votre compréhension sur les thèmes liés à la biologie, notamment qu’est-ce qu’un pilus et quelle est sa fonction, n’hésitez pas à explorer notre catégorie dédiée à la biologie.
- Kline KA, Dodson KW, Caparon MG, Hultgren SJ. A tale of two pili: assembly and function of pili in bacteria. Trends Microbiol. 2010 May;18(5):224-32. doi: 10.1016/j.tim.2010.03.002. Publié en ligne le 8 avril 2010. PMID : 20378353 ; PMCID : PMC3674877.
- Proft T., Baker E.N. Pili dans les bactéries à Gram négatif et à Gram positif — structure, assemblage et rôle dans la maladie. Cell. Mol. Life Sci. 66, 613 (2009). https://doi.org/10.1007/s00018-008-8477-4
- Dhakal B. K., Bower J. M., Mulvey M. A., & Yang X. H. (2019). Pili, fimbriae☆. Dans T. M. Schmidt (Éd.), Encyclopedia of Microbiology (Quatrième édition) (pp. 595-613). Academic Press. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-801238-3.02316-3
- Hospenthal M., Costa T. & Waksman G. Une revue complète de la biogenèse des pili chez les bactéries à Gram négatif. Nat Rev Microbiol 15, 365–379 (2017). https://doi.org/10.1038/nrmicro.2017.40