Rivière polluée : les poissons se trompent de partenaire lors de l’accouplement

Le problème des conséquences de la pollution sur l’environnement et les écosystèmes réside souvent dans leur caractère imprévisible: il suffit d’un détail déplacé pour déclencher une réaction en chaîne dont on ignore encore où elle mènera.

Prenez l’exemple des quatre fleuves de la région mexicaine de la Huasteca, qui, avec leurs habitants, ont été au centre d’une étude publiée dans Current Biology. Cette étude montre que deux espèces de poissons vivant dans ces eaux deviennent si déroutées par la pollution des eaux qu’elles se croisent et s’hybrident avec une fréquence inquiétante: le problème se cache dans leur nez.

Où il y a l’homme, il y a pollution

L’étude, menée par une équipe de l’université Stanford, a analysé la situation de quatre fleuves de la Huasteca, située au nord de Mexico. La zone a été choisie parce qu’elle constitue un véritable mosaïque d’écosystèmes, allant des milieux les plus sauvages à ceux façonnés par l’homme (principalement fermes et élevages). Parmi les quatre rivières, l’une traverse une zone relativement urbanisée: une commune de 3 000 habitants qui déverse ses déchets dans les eaux du fleuve. En France aussi, des scénarios analogues inquiètent les chercheurs, notamment sur les vallées où l’agriculture intensive et les rejets industriels modifient la chimie et l’odeur des eaux.

L’analyse des quatre fleuves et de leurs habitants a conduit à se concentrer sur celui qui est le plus anthropisé: les eaux y sont plus boueuses et plus polluées de la région, avec des niveaux élevés d’azote et de phosphate, mais aussi de métaux lourds tels que le cuivre, le plomb et le cadmium. Dans ce fleuve vivent, entre autres, deux espèces de poissons du genre Xiphophorus: X. birchmanni et X. malinche, appartenant à la famille Poeciliidae (la même que les guppys les plus connus). Et ce sont précisément ces deux espèces qui ont lancé le signal le plus inquiétant.

Confusion sexuée

Les femelles des deux espèces portent, d’ailleurs, les traces de la pollution, notamment dans le nez: elles sont dépourvues de cils olfactifs, ces structures qui leur permettent de percevoir les odeurs et qui jouent un rôle crucial dans la recherche d’un partenaire. De plus, les deux espèces ont un nez riche en cellules productrices de mucus – comme si elles souffraient d’un rhume.

Ces soucis physiques font que les poissons se mélangent souvent: le taux d’accouplement interspécifique est extrêmement élevé, et bon nombre des jeunes nés chaque année sont des hybrides.

La même équipe qui a mené l’étude avait déjà démontré en 2024 que l’hybridation entre ces deux espèces est nocive, car elle peut provoquer un mélanome et aussi un trouble métabolique au cours du temps, avec une issue toujours fatale.

Sans parler du fait que l’hybridation continue entre deux espèces nuit à la diversité: le risque est que les poissons originaux disparaissent et qu’il ne reste plus qu’une espèce, née justement des hybrides.

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