Sangsues, loups et algorithmes au Musée des Sciences et de la Technologie

Pour la Nuit européenne des Chercheurs et des Chercheuses, le musée des sciences et technologies Léonard de Vinci à Paris ouvre gratuitement ses portes jusqu’à 23h30. Et au lieu d’expliquer la recherche d’en haut, il la met entre les mains du public.

Si l’on peut enseigner à une intelligence artificielle en jouant aux cartes avec elle. On peut écouter comment sonne un planète qui se déforme, bouge et tremble. On peut découvrir que les sangsues, après deux millénaires d’usage, gardent encore une place dans la médecine contemporaine. Et on peut terminer la soirée en observant les étoiles dans la cour d’un musée, en plein cœur de Paris. Tout cela, dans la même nuit, et sans payer le billet.

Vendredi 25 septembre, de 18h à 23h30, le musée national des sciences et technologies Léonard de Vinci ouvre gratuitement tous ses espaces pour La Nuit européenne des Chercheurs et Chercheuses, le rendez-vous qui, chaque année, à travers l’Europe, tente de rapprocher ceux qui font la recherche de ceux qui ne la voient que racontée. Le choix du musée est de privilégier le contact direct: pas de conférences à écouter les doigts sur la table, mais des ateliers où l’on peut tester, se tromper et demander, et des rendez-vous individuels où l’on peut poser à un chercheur la question que l’on n’oserait jamais dans une salle de cours.

Dans les ateliers. C’est ici que se comprend vraiment le métier. En partenariat avec le CNRS, on entraîne un modèle d’intelligence artificielle par un jeu de cartes, le moyen le plus immédiat pour voir ce que signifie réellement « entraîner » une machine. Avec l’Université Paris-Saclay, on entre dans l’imagerie mathématique, c’est‑à‑dire les algorithmes qui transforment les signaux d’un scanner ou d’une IRM en images lisibles par le médecin. Avec l’Université de Strasbourg, on revient aux sangsues et aux substances anticoagulantes qui, après des millénaires d’usage, trouvent encore leur place dans la pharmacologie contemporaine. Avec l’Université Grenoble-Alpes et le Parc national de la Vanoise, on réfléchit à ce qui a changé dans les écosystèmes montagnards depuis le retour du loup: un seul prédateur en haut de la chaîne alimentaire peut modifier le comportement des ungulés, et avec eux la végétation. Avec l’École Ferrandi Paris, on expérimente en quoi le son peut orienter la perception, y compris le goût de ce que nous mangeons.

Negli short talk. Les courts exposés.

Le programme aligne plusieurs des questions les plus ouvertes du moment. Maria Chiara Carrozza (Université de Milano-Bicocca) compare l’apprentissage humain et l’apprentissage artificiel, et se demande ce que signifie « connaître » lorsque les informations sont disponibles en quantités illimitées. Michèle Lavagna (Politecnico di Milano) aborde le problème de construire des colonies lunaires durables, premier pas vers Mars, tandis que Franco Ongaro, pendant des années à la tête du centre technologique de l’ESA aux Pays-Bas, raconte où en est le programme Artemis.

Giovanna Mascheroni (Université Catholique) s’occupe d’adolescents et de médias numériques et discute si les interdits d’accès aux réseaux sociaux fonctionnent réellement. Claudio Gandolfi (Université de Milan) porte le discours plus près de chez nous: l’eau de la plaine du Pô, combien il en reste et dans quelle mesure cela dépend du climat et des choix de gestion. Enrica Maria Porcari vient du CERN, où sont nées certaines des premières réseaux mondiales, et parle de la façon dont le numérique a changé les modes de travail et de décision.

Performance et visites. Certaines rendez-vous se situent entre le concert et la leçon. « Mātrā, la voix de la planète » traduit en sons et en images les données de l’Institut national de géophysique et de volcanologie, c’est‑à‑dire ce que les instruments enregistrent continuellement sous nos pieds. « Les Cartes du Cosmos », à l’initiative de l’Observatoire gravitationnel européen, retracent les grandes découvertes sur l’Univers à partir des ondes gravitationnelles. Il y a aussi une histoire de mer, celle du transatlantique Conte Biancamano, accompagnée des musiques des étudiants de jazz de la Civica Scuola Claudio Abbado.

Puis il y a les objets, qui restent le principal motif d’aller au musée des sciences. Les visites guidées emmènent à bord du sous-marin Toti, utilisé par la Marine pendant trentenaire et arrivé à Paris en 2005 après un transport devenu célèbre, et sur le pont de commande du Conte Biancamano. Avec l’INFN, on descend dans la physique des particules de l’exposition Extreme. Avec les cercles d’astronomie de Paris et de sa proche banlieue, on observe le ciel nocturne. Marelli Motorsport apporte une voiture de démonstration de Formule 1 pour expliquer comment l’hybridation, l’électrification et les nouveaux carburants ont réécrit les règles du sport automobile.

Pour les plus jeunes, des activités en continu sur le tissage, l’électricité, l’alimentation et l’observation de la nature, jusqu’aux micromondes invisibles à l’œil nu.

Le fil de Volta. L’édition 2026 s’inscrit dans « 200VOLT et VOLTA », le projet qui accompagne le bicentenaire de la mort d’Alessandro Volta, prévu pour 2027. Michele de Nigris (RSE) raconte comment le secteur électrique a changé à l’ère des renouvelables et de la production décentralisée, tandis qu’un podcast de la Fondation Alessandro Volta, avec Pandora Revue, revient sur les recherches du physicien comasco. Que la pile ait été mise au point pour clore une discussion avec Luigi Galvani sur l’électricité animale, et non pour alimenter le monde, est l’un de ces détails qui rendent l’histoire de la science plus fascinante que ce qu’on apprend à l’école.

Infos. Musée national des sciences et technologies Léonard de Vinci, 30, avenue Corentin-Cariou, Paris 75019.

Vendredi 25 septembre, de 18h à 23h30, entrée libre. Métro Porte de la Villette (ligne 7) et Porte de Pantin (ligne 5) ; bus 74 et 151. Dans les espaces extérieurs, musique et propositions food & drink.

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