Solitude chez les jeunes adultes : les grandes étapes de la vie

La solitude pour ceux qui s’apprêtent à entrer dans l’âge adulte n’est pas un manque de connexions, mais un manque de routine : les grands changements emportent le temps passé avec les amis.

Des études scientifiques et le sens commun ont déjà attesté la diffusion d’une épidémie de solitude chez les jeunes adultes, peut-être — et pas seulement — héritée de la pandémie. Mais une lecture monolithique du problème n’est pas utile pour trouver des solutions. Désormais, une étude publiée dans PLOS One révèle que, au moins chez les jeunes femmes, la solitude a des contours plus ambigus et complexes, et qu’elle a à voir avec cette phase de vie où l’on affronte grands changements.

Solitude malgré le réseau

Un groupe de chercheurs de l’Université du Kansas et de Michigan State University (États‑Unis) a mis en relation l’âge d’environ 4 800 Américains avec leur niveau de bien-être ou de mal-être social (liens sociaux, soutien amical, nombre d’amis, solitude ressentie, déconnexion). Conformément aux études précédentes, l’analyse a montré que la période durant laquelle on s’apprête à devenir adulte est marquée par la solitude et la déconnexion, bien plus que les phases qui la précèdent (la jeunesse) ou qui la suivent (le milieu de la vie active).

Cependant, pour un groupe en particulier, celui des jeunes femmes adultes, ce sentiment de solitude paraît très ambivalent : les femmes de cet âge, repérées peu après l’obtention du diplôme, présentent en effet un vaste réseau d’amis, un agenda de rendez-vous chargé et de nombreux changements, face à un sentiment persistant de déconnexion.

Ce double chemin serait plus évident chez les filles, qui ont tendance à consacrer plus de temps à leurs amitiés et à nourrir des attentes plus élevées envers les liens, donc des liens plus intimes mais plus difficiles à entretenir. Il arrive plus souvent que ces attentes soient déçues, et que les jeunes adultes, aussi satisfaits de leur réseau social soient-ils, peinent à trouver du temps pour entretenir ces liens. D’où la tension entre le bien-être sur le papier et le mal-être des relations dans la vie réelle.

Des révolutions successives

Du moins pour une partie des jeunes adultes, plus souvent des femmes et plus souvent diplômées, la solitude ne serait donc pas l’absence de relations significatives, mais plutôt une conséquence des grands changements typiques de cette phase – déménagements, changements professionnels, début de relations stables, mariages et cohabitation, enfants; des étapes positives qui toutefois entraînent une diminution de la sociabilité et peuvent avoir des répercussions pratiques sur le bien-être social.

Ce qui pèse sur la solitude serait le manque de stabilité et de permanence dans les relations : il y a moins de temps pour entretenir des liens qui ne soient pas familiaux, après des années d’interactions abondantes et illimitées avec les amis.

Également, les relations les plus quotidiennes, les amitiés nées sur le lieu de travail, sont par nature instables. À l’inverse, les personnes plus âgées, moins mobiles et avec une routine plus prévisible, vivent moins de stress dans leur sphère relationnelle et affichent un niveau de bien-être social plus élevé.

Une phase passagère

Cette étude se conclut sur une note positive : il s’agit tout de même de changements « bons », qui contribuent à la construction de soi et qui peuvent à terme se transformer en stabilité, une fois que les personnes se seront habituées à cette nouvelle peau. Si les relations savent attendre et évoluer, il y aura à nouveau du temps pour les cultiver.

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