Sommet à Luanda
La ligne de chemin de fer des ressources d’Afrique peut-elle résoudre les problèmes de l’Europe ?
En Angola, des représentants de l’Union européenne et de l’Union africaine se réunissent. Leur objectif est de renforcer la coopération entre les deux continents, y compris sur le plan économique. Un projet est au cœur des discussions.
Directement sur la promenade côtière, Luanda, capitale de l’Angola, offre une belle occasion de prendre des photos souvenirs. Les lettres se détachent sur la foule: UE et LUANDA – liées par un cœur. L’UE aurait-elle offert un cadeau à l’hôte du sommet UE-Afrique? Non, dans la langue du pays, le portugais, il est inscrit : « Ich liebe Luanda ».
Pourtant, ce ne sont pas les seuls motifs qui montrent que les Européens – et pas uniquement lors de ce rendez-vous – cherchent des partenariats en Afrique. L’objectif menant ces échanges porte surtout sur des ressources que l’UE classe comme stratégiques : des métaux et des terres rares indispensables à la fabrication de microprocesseurs, de véhicules électriques et d’autres technologies d’avenir.
« L’Afrique figure parmi les régions les plus riches en ressources du monde : près d’un tiers des réserves mondiales connues de nombreuses matières premières critiques se trouvent sur le continent », explique l’économiste géoéconomique Arthur Leichthammer du Centre Jacques Delors. L’UE souhaite se défaire, en partie, de sa dépendance vis-à-vis de la Chine, qui est déjà active en Angola depuis longtemps.
Les matières premières doivent être acheminées plus rapidement
« Global Gateway » est le nom du programme d’investissement européen destiné à soutenir, partout dans le monde, la construction d’infrastructures modernes. L’objectif est de favoriser des projets dans les domaines des énergies renouvelables, des réseaux numériques ou du transport. Pour illustrer ce que cela peut signifier en pratique, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, cite régulièrement le corridor ferroviaire Lobito comme exemple.
Ce corridor relie aujourd’hui déjà par rail la ville portuaire de Lobito, en Angola, à des zones de la République démocratique du Congo où l’on exploite le cuivre et le cobalt; un élargissement vers la Zambie est envisagé.
Les avantages, du point de vue de la Commission européenne, seraient que le transport des matières premières par rail réduirait le trajet de 45 jours à environ une semaine. De plus, les émissions de CO2 baisseraient sensiblement si quelque 5 000 poids lourds qu’on voit circuler sur les routes saturées étaient retirés du réseau. Ce sont de grandes ambitions, mais le projet n’a pas encore prouvé qu’il peut les tenir toutes.
Et l’UE a d’autres exigences concernant ses projets. Elle veut des partenariats durables, transparents et équitables. Ursula von der Leyen a rappelé, en octobre, lors du Global Gateway Forum à Bruxelles, que le Lobito-Korridor ne répond pas seulement à un besoin européen: il s’agit aussi de valoriser le traitement local et la création de valeur: « Le Lobito-Korridor est un investissement stratégique à la fois pour l’Europe et pour nos partenaires africains. »
Wie wirtschaftlich ist das Vorhaben?
En pratique, l’essor potentiel pourrait être plus modeste qu’anticipé. Du moins pour l’instant. Selon une analyse du think tank ECDPM (Centre européen pour le développement des politiques publiques), le trafic ferroviaire restant peu développé pour le transport du cuivre sur cette ligne.
En l’état, « comme les travaux de modernisation et de réparation le long des différentes sections du corridor varient, certaines portions demeurent dans un état précaire ». Peu de navires desservent Lobito, et il faut souvent transborder les cargaisons vers des porte-conteneurs plus importants dans d’autres ports. Tout cela soulève la question de la viabilité économique du projet.
Et l’Union européenne pose aussi des exigences supplémentaires: elle veut voir des partenariats durables, transparents et équitables. Ursula von der Leyen a réaffirmé, au Forum Global Gateway d’octobre à Bruxelles, que le Lobito-Korridor ne satisfaisait pas seulement le besoin européen; il s’agit aussi de favoriser une transformation locale et une chaîne de valeur accrue: « Le Lobito-Korridor est une investissement stratégique, tant pour l’Europe que pour nos partenaires africains. »
La corruption n’est qu’un problème
Le projet est-il mutuellement avantageux ? Profitent-ils seulement les entreprises ou aussi les populations vivant le long du corridor Lobito ? Le journaliste et activiste des droits humains Rafael Marques de Morais adopte une position particulièrement tranchée lorsqu’il s’exprime avec le studio Bruxelles de l’ARD.
Il affirme que le gouvernement angolais est très corrompu et que cela représente le principal obstacle. Selon lui, l’objectif serait surtout de piller le pays, et non d’améliorer les conditions de vie de la majorité: « Qu’avons-nous réellement gagné durant toutes ces années de présence occidentale dans les secteurs pétrolier et diamantifère ? Très peu pour la grande majorité des Angolais. » Marques de Morais appelle l’Angola à ne pas se laisser enfermer dans les guerres d’influence entre l’UE, la Russie et la Chine.
Et même si l’on envisage le Lobito Corridor avec un optimisme prudent, l’Europe ne se libérera pas de ses dépendances pour autant. La Chine s’est imposée, en deux décennies, comme le centre mondial du traitement des matières premières; tant que ces étapes se feront presque exclusivement en Chine, l’Europe restera vulnérable.