Sommet industriel à Anvers
Merz veut moins de règles pour l’économie européenne
Dérégulation et une « Made in Europe » — quota : l’Allemagne et la France veulent pousser des réformes économiques dans l’UE, bien que sur des terrains différents. Dans l’industrie, ces propositions trouvent au moins partiellement un accueil favorable.
Avant le sommet de l’UE à Anvers, la France et l’Allemagne appellent à des réformes pour relancer une économie en crise — en se concentrant sur des axes différents. Le chancelier allemand Friedrich Merz a plaidé lors d’une réunion industrielle pour une suppression étendue des règles pesant sur les entreprises. « Nous devons déréglementer chaque secteur », a-t-il déclaré.
Selon lui, de simples ajustements législatifs ne suffisent pas. À titre d’exemple, il a évoqué le récent affaiblissement de la loi européenne sur la chaîne d’approvisionnement. Les institutions européennes n’agissent pas assez vite, a-t-il ajouté.
L’Europe doit devenir une puissance indépendante
Le président français Emmanuel Macron a affirmé la nécessité de protéger rapidement l’industrie européenne face à une concurrence internationale déloyale. Il n’est pas partisan du protectionnisme, a-t-il assuré, mais l’UE doit agir pour mettre fin à la fragmentation, à l’affaiblissement et peut-être à l’humiliation de l’Europe. L’Europe doit devenir « une puissance indépendante ».
Il a une fois de plus plaidé pour favoriser les entreprises européennes dans les marchés publics et privés. En Chine et aux États‑Unis, cela se fait déjà. L’UE est « folle » de traiter équitablement les entreprises européennes et étrangères.
Macron a souligné que sans protections adéquates, dans trois à cinq ans il n’existerait plus d’acier ni d’entreprises chimiques en Europe. Cela aurait des répercussions catastrophiques sur les secteurs pharmaceutique et agroalimentaire. L’UE doit agir très rapidement.
Von der Leyen se montre ouverte à la « Made in Europe »-quote
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est montrée favorable à l’idée de quotas obligatoires pour les produits européens dans les achats publics, selon une allocution. L’achat public est appelé à devenir un levier puissant pour l’industrie, a-t-elle déclaré.
La Commission présentera dans les prochaines semaines une proposition de loi. Cette étape est cependant contestée: une partie de l’industrie craint les coûts. Merz a donc averti que ces quotas « Made in Europe » ne devraient être utilisés qu’en dernier recours. Il a demandé qu’ils ne s’appliquent que dans les secteurs stratégiques.
Le marché du CO2 doit être révisé
Von der Leyen a par ailleurs plaidé pour que davantage de recettes issues du système d’échange de quotas d’émissions de CO2 soient réinjectées dans l’industrie. Ces fonds proviennent du secteur et doivent y être réinvestis, a-t-elle affirmé. Cela constituera un point central de la réforme prochaine du système d’échange des quotas d’émission de CO2, prévue pour l’été.
Merz remet en question le système actuel d’échange d’émissions: cet appareil aurait pour fonction d’aider les entreprises à passer à une production plus respectueuse du climat. « Si cela n’est pas possible et que ce n’est pas le bon instrument, nous devrions être très ouverts à une révision, voire à un report », a-t-il ajouté.
L’industrie réclame plus de compétitivité
Les fédérations industrielles européennes réclament elles aussi des réformes structurelles majeures. « Il nous manque une vision d’ensemble pour ramener l’industrie européenne sur la voie de la croissance », a déclaré Markus Kamieth, directeur de BASF et président de Cefic, l’association européenne de l’industrie chimique.
« Le marché intérieur européen est le plus grand pôle économique du monde, mais il reste aujourd’hui fragmenté, fortement réglementé et inachevé dans des domaines clés », avertit aussi l’initiative économique européenne « Made for Germany », à laquelle se rallient 123 grandes entreprises et investisseurs tels que Deutsche Bank, Siemens ou Axel Springer. « Beaucoup d’entreprises européennes perdent en compétitivité chaque jour. »
Il faut d’abord un « gel des règles » puis une « réforme des règles », exigent les entreprises. Les lois de l’UE doivent être conçues pour la compétitivité technologique et la croissance. Le BDI, l’organisation faîtière de l’industrie allemande, appelle aussi à une dérégulation marquée.
Avertissement contre une refonte risquée de l’UE
Dans une déclaration commune, les entreprises et les associations appellent les chefs d’État et de gouvernement à adopter une approche politique comparable à celle qui avait été utilisée lors de la pandémie: la crise avait été surmontée parce que des mesures jugées impossibles avaient été prises. « Nous avons besoin du même esprit pour la compétitivité de l’industrie », précise le document.
Sommet industriel: Débat sur les objectifs climatiques et la compétitivité de l’UE
L’organisation Lobby-Control alerta sur une « refonte risquée de l’UE »: « Les règles seront affaiblies, le lobbying des entreprises gagnera en influence, les voix critiques seront mises au pilori ». Le rappel de la prétendue compétitivité européenne occulte aussi les coûts pour la santé et l’environnement.