Un important courant océanique en difficulté

L’une des consequences les plus complexes, mais aussi potentiellement catastrophiques, du réchauffement climatique, est le risque que l’augmentation des températures des eaux marines ait un effet sur les courants océaniques. On en a souvent discuté, par exemple, de la possibilité que le courant du Gulf Stream, qui, entre autres choses, atténue les hivers de l’Europe de l’Ouest, puisse ralentir ou s’arrêter; et désormais une nouvelle étude publiée dans Environmental Research Letters pointe du doigt le système de courants plus vaste qui l’inclut: il s’appelle le bascullement méridien de la circulation atlantique, mais il est plus connu sous l’acronyme anglais AMOC, et selon un groupe de chercheurs néerlandais, non seulement il risque de s’effondrer, mais de le faire bien plus tôt que prévu.

La circulation qui « fait » l’Atlantique. La circulation AMOC (à propos, l’acronyme signifie Atlantic meridional overturning circulation) circule sur tout l’Atlantique Nord jusqu’à l’Équateur (et un peu plus au sud), transportant vers le nord l’eau chauffée par le Soleil des Tropiques. Là, cette eau se refroidit, s’enfonce et repart vers le sud. Ce mouvement d’eau a un effet sur l’ensemble du bassin nord-atlantique, et a un impact considérable sur l’ensemble du système océanique.

Un jour ou l’autre, elle s’effondrera. Elle subit aussi les effets du réchauffement des eaux océaniques: cela fait 1600 ans qu’elle n’avait pas été aussi faible, et déjà en 2021, un chercheur allemand du Potsdam Institute for Climate Impact Research, Niklas Boers, mettait en garde dans une étude contre la possibilité que l’AMOC s’effondre dans quelques décennies, avec des conséquences catastrophiques sur l’écosystème océanique et au-delà. Depuis lors, tous les modèles climatiques prévoient que la circulation finira par s’effondrer un jour – le problème, selon la nouvelle étude, est que nous avons été bien trop optimistes sur le moment.

Point de non-retour. Tous les modèles utilisés jusqu’à présent pour simuler l’évolution de l’AMOC soutenaient qu’il était improbable qu’un effondrement survienne avant 2100. L’équipe néerlandaise a toutefois utilisé des modèles qui ont prolongé la période de simulation jusqu’en 2300 puis 2500: ces nouveaux modèles dressent un tableau sombre pour l’avenir de l’AMOC. Si nous poursuivons avec les émissions actuelles, en effet, il existe une probabilité de 70 % que la circulation atlantique atteigne son point de bascule, le point de non-retour, dans les prochaines 10 à 20 années. À partir de là, le collaps complet pourrait prendre entre 50 et 100 ans, mais ce serait une fuite en avant sans espoir: franchi un certain seuil, le destin de l’AMOC sera scellé.

Que prévoient les modèles les plus optimistes ? Même les modèles les plus optimistes, qui s’appuient sur une réduction des émissions conforme aux accords de Paris, n’apportent pas vraiment de réjouissance, car ils prévoient une probabilité de 25 % que le courant ralentisse irrémédiablement d’ici 2100 et, à partir de là, subisse un effondrement rapide.

Il s’agit d’un pourcentage bien plus élevé que ce que nous avions jusqu’ici estimé, qui plafonnait à 10 %. Selon les auteurs, cela reste toutefois trop élevé: dans leurs travaux, ils mettent en garde contre l’effondrement de ce courant, qui aurait des conséquences irréversibles à l’échelle mondiale. Et même si nous parvenions à éviter l’effondrement, l’AMOC continuerait tout de même à ralentir, au moins pendant un certain temps: déjà, cela aura des conséquences sur le climat, en particulier en Europe.

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