Quelle valeur valent les forêts tropicales ? Évidemment, la réponse correcte est que leur valeur est inestimable, mais il est bien connu que des écosystèmes aussi riches et fortement biodiversifiés contiennent une quantité immense de substances chimiques de toutes sortes, dont nous ne savons rien et qui pourraient s’avérer être des médicaments extrêmement puissants.
Zero Carbon Analytics, un groupe de recherche international qui étudie le changement climatique et la transition énergétique, a tenté de faire les comptes et d’attribuer une valeur à ce trésor pharmaceutique encore largement inexploré. Le résultat ? 714 milliards de dollars.
Médicaments cachés
Les plantes ont toujours été notre principale source de médicaments; « toujours » doit être pris au sens littéral: nos ancêtres utilisaient déjà les végétaux pour se soigner, et d’autres primates le font aussi. Et le progrès n’a pas changé les choses: même aujourd’hui on estime que 40% de tous les médicaments que nous utilisons proviennent des plantes. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi les forêts tropicales, qui à elles seules abritent 60% de toutes les espèces de plantes vasculaires, ont toujours été considérées comme un potentiel « paradis du médicament ».
Selon ZCA, la Forêt Amazonienne à elle seule abrite, selon leurs estimations, le 30% de tous les médicaments encore non découverts, pour une valeur totale de 215 milliards de dollars.
Les forêts pluviales d’Asie valent 107 milliards et le bassin du Congo 39 milliards. En tout, les substances chimiques encore non découvertes dans les forêts tropicales du monde s’élèvent à une valeur totale estimée de 714 milliards de dollars.
Protéger, non exploiter.
La recherche n’a pas seulement une valeur théorique: selon ZCA, elle devrait attirer l’attention non seulement des maisons pharmaceutiques, mais de toutes les entreprises pour lesquelles les forêts tropicales peuvent être une source de profits.
L’idée est que, face à ces chiffres, il y ait un changement de mentalité collectif: ne plus exploiter ces forêts mais les protéger et les conserver, car elles cachent une source de revenus insoupçonnée – et souvent détruites ou endommagées par la déforestation, les incendies et d’autres catastrophes environnementales.
ZCA utilise les chiffres aussi pour démontrer ce dernier concept. L’étude explique que depuis 2001 nous avons perdu 13% de toutes les forêts tropicales du monde: en croisant ce chiffre avec les données géographiques (où nous les avons perdues) et les estimations sur les médicaments encore non découverts, on arrive à 86 milliards de dollars déjà « brûlés » à cause des activités humaines. En somme, si nous ne parvenons pas à sauver les forêts tropicales parce que c’est la chose juste à faire, peut-être que mettre de l’argent sur la table pourrait enfin faire bouger les choses…