Virus Nipah en Inde : vigilance nécessaire, alarmisme injustifié pour le moment

Sintomi, modalità di contagio, letalità, rischio pandemico: pourquoi se parle-t-on à nouveau du virus Nipah en Inde, et quel est le niveau d’inquiétude?

Ces derniers jours, une certaine inquiétude a été suscitée par l’annonce d’un nouveau foyer d’infections par le virus Nipah dans l’État du Bengale occidental — l’une des zones les plus densément peuplées au monde et où se situe Kolkata (Calcutta). Le 26 janvier, les autorités sanitaires indiennes ont notifié à l’OMS la confirmation en laboratoire de deux cas d’infection à Nipah chez deux personnels de santé d’un même hôpital privé dans la ville de Barasat. Le Nipah est un virus extrêmement létal, classé comme faisant partie des agents à haut potentiel pandémique: il est donc facile qu’un regard rapide sur la situation puisse provoquer une certaine anxiété. Mais quelle est exactement la réalité des faits ?

Le foyer Nipah dans le Bengale: cas et traçabilité

L’OMS a rapporté qu’un des deux personnes contagieuses a nécessité une ventilation, tandis que l’autre, qui avait initialement présenté de graves troubles neurologiques, est en train de s’améliorer. Les autorités indiennes ont rapidement isolé et testé plus de 190 contacts des deux professionnels infectés; tous se sont révélés négatifs. À ce jour, aucun autre cas n’a été identifié.

Ce n’est pas le premier ni le plus important des foyers Nipah dans le Bengale occidental: il y en a eu d’autres en 2001 et 2007, et, au début de l’été dernier, ainsi qu’en 2023, un autre foyer s’était déclaré avec peu de cas dans l’État indien du Kerala, à plus de 2 000 km de distance.

Virus Nipah: qu’est-ce que c’est et comment se transmet-il

Le virus Nipah (Henipavirus nipahense) est une maladie zoonotique rare mais grave, c’est-à-dire une maladie infectieuse transmissible des animaux à l’homme. Ses réservoirs naturels sont les chauves-souris frugivores de la famille des Pteropodidés, communément appelées chauves-souris géantes, présentes dans diverses parties de l’Asie et en Australie: ces animaux peuvent transmettre l’infection Nipah aux animaux sauvages ou domestiques, mais aussi contaminer les arbres et autres éléments de l’environnement par leur saliva, urine et selles infectées.

Les êtres humains peuvent être contaminés par Nipah par contact direct avec un animal infecté (directement avec les chauves-souris mais aussi avec des porcs ou des chevaux, chez lesquels l’infection peut provoquer des symptômes graves), ou en consommant des fruits infectés ou sève de palmier à datte contaminée par des chauves-souris malades. Dans une moindre mesure, le Nipah peut aussi se transmettre d’homme à homme, mais seulement lors de contacts très rapprochés, par exemple dans des structures de santé surpeuplées et mal ventilées, où les équipements de protection individuelle ne sont pas adéquats.

Virus Nipah: quels sont les symptômes ?

Le Nipah présente des périodes d’incubation qui vont généralement de 3 à 14 jours (mais des cas avec un délai entre exposition et symptômes jusqu’à 45 jours ont été rapportés) et se manifeste initialement par fièvre, maux de tête ou vertiges, difficultés respiratoires et toux, frissons, vomissements, fatigue, diarrhée.

Pour certaines personnes, l’infection peut être asymptomatique. Pour d’autres, elle peut évoluer vers des formes plus graves avec des séquelles mortelles, notamment une encéphalite (une inflammation sévère du cerveau) et la mort: cette trajectoire peut toucher n’importe quel patient, mais concerne tout particulièrement ceux chez qui le Nipah provoque initialement des symptômes neurologiques. Selon les experts, environ une personne sur cinq qui contracte le Nipah peut subir des atteintes neurologiques à long terme.

Quel danger représente le Nipah ?

Dans les épidémies précédentes dues au Nipah au Bangladesh, en Inde, en Malaisie et à Singapour, le taux de mortalité a varié entre 40% et 75%, selon les capacités locales de diagnostic précoce et de prise en charge clinique. À ce jour aucun vaccin n’est autorisé contre le Nipah et il n’existe pas de traitement antiviral spécifique; on se limite aux soins de soutien, notamment pour traiter les symptômes respiratoires et neurologiques.

La confusion possible entre les symptômes et ceux de nombreuses autres maladies, associée au fait que l’infection peut être asymptomatique dans certains cas, fait que les cas clairement attribuables au Nipah restent souvent les plus graves. Comme l’explique la journaliste médicale et chercheuse Roberta Villa sur Substack, dans sa newsletter Fosforo e Miele, « nous savons qu’il existe un nombre incalculable de cas d’infection asymptomatique ou très légère, avec seulement de simples symptômes respiratoires. Cela nous amène à penser que le pourcentage de décès par rapport au nombre total de cas est orienté par le fait que nous ne voyons que la pointe de l’iceberg ».

Quel est donc le niveau de risque actuel ?

En raison du taux élevé de mortalité et de l’absence de vaccins disponibles, le Nipah est classé par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains au Niveau de biosécurité 4, soit le niveau de confinement le plus élevé, une menace comparable à l’Ebola. Cependant, dans la situation actuelle décrite, l’OMS évalue le risque posé par le Nipah comme modéré au niveau subnational en Inde et faible au niveau national, régional et mondial.

Le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (ECDC) a déclaré que « la voie d’entrée la plus probable du Nipah en Europe serait via des voyageurs infectés. Bien que l’importation du virus ne puisse pas être exclue, elle est jugée peu probable. Puisque les chauves-souris frugivores porteuses du Nipah ne sont pas présentes en Europe, le risque de transmission ultérieure après une éventuelle importation est évalué comme très faible dans le contexte actuel ».

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