Amour éternel et brutal : le rite du cafard le plus monogame du monde

On parle de plus en plus souvent de monogamie dans le règne animal: vous vous souvenez peut-être, par exemple, de cette étude qui dressait le classement des mammifères les plus fidèles, ou lorsque nous vous parlions de la fidélité à vie chez le campagnol, ou, au contraire, des habitudes libertines de la Sula de Nazca. Vous avez sans doute remarqué que, jusqu’à présent, nous avons évoqué uniquement les vertébrés; mais même chez les invertébrés il existe des cas de monogamie véritablement marquants: par exemple celui du cafard Salganea taiwanensis, parmi les rares insectes ayant été étudiés pour leurs habitudes matrimoniales. Son lien de couple est extrêmement fort, comme le relate une étude publiée dans Royal Society Open Science: entre autres aspects, il prévoit l’usage du cannibalisme pour consolider le rapport.

Mariage cannibale.

Salganea taiwanensis est un cafard xylophage (il se nourrit donc principalement de bois) qui, comme le suggère son nom, vit à Taïwan et dans certaines zones du Japon.

Il s’agit de l’un des rares insectes dont nous connaissons les habitudes sexuelles et conjugales, précisément parce qu’elles sont si particulières: au moment où un couple se découvre et s’apprécie, en effet, il organise un rituel macabre pour sceller le lien, qui prévoit de se manger mutuellement les ailes. À ce stade, le mâle et la femelle de ce cafard construisent un nid, dans lequel ils vivront pendant des années en prenant soin de leur progéniture.

Cent ans de solitude (et fidélité) : l’expérience

L’équipe qui a mené l’étude a voulu tester la solidité de ce lien, afin de comprendre si vraiment, une fois les ailes du partenaire dévorées (et réciproquement), ce cafard reste fidèle à vie. Pour ce faire, les chercheurs ont pris 20 couples qui avaient déjà passé la « phase cannibale » du mariage, et les ont confrontés à une série de tentations, sous forme d’autres cafards étrangers au couple. Les réactions des animaux ont été très éloquentes.

Fidélité à outrance : le rejet de l’intrus

Les couples post‑pâté avec les ailes ont en effet réagi à l’arrivée d’un autre cafard avec du dégoût et une certaine dose de violence, attaquant et repoussant celui qui leur apparaissait comme un intrus. Aucune des paires n’a démontré d’infidélité, repoussant toute avancée du cafard extérieur.

Se reconnaître parmi des milliers : le premier insecte qui « sait qui aime »

Le team a aussi répété l’expérience avec des couples fraîchement formés et qui n’avaient pas encore accompli le rituel cannibale: eux non plus n’ont pas cédé à la tentation de tromper le partenaire, mais au moins ils ont maintenu une agressivité envers le cafard étranger à des niveaux minimaux.

En somme, les liens de couple de ce cafard sont fortissimi: les auteurs expliquent qu’il s’agit du premier insecte observé dans une expérience capable de distinguer son partenaire d’un autre adulte de la même espèce – et d’agir en conséquence.

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Avatar de Jerry Guirault
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