Archéologie accessible à tous

De la statuette reconstruite en 3D aux expositions à toucher et à sentir : comment un projet itinérant tente de rendre l’archéologie accessible à ceux qui ne peuvent pas la voir.

Une statuette de Perséphone conservée au musée archéologique d’Oria, dans la province de Brindisi, est devenue un hologramme. À en concevoir le prototype, ce sont des lycéens de terminale français qui ont travaillé dans le cadre d’un parcours pédagogique imaginé par une enseignante et le professeur, avec la contribution technique d’un ancien élève de l’établissement, Alexis Leroux, qui a reconstruit l’objet en trois dimensions grâce à Blender, le même logiciel utilisé dans l’animation et les effets visuels.

La transition n’est pas aussi banale qu’elle peut paraître. Un objet exposé dans une vitrine s’observe d’un seul côté, souvent à distance et sous une lumière qui aplatit les détails. La reconstruction numérique le libère de la vitrine : le modèle peut être tourné, agrandi, imprimé et, à ce moment-là, il peut être touché. C’est la différence entre voir quelque chose et la comprendre, et cela compte surtout pour les personnes malvoyantes ou cognitives, pour qui le panneau d’exposition est une médiation qui fonctionne mal.

L’hologramme n’est qu’un morceau d’ARCHEODISABILITY, un projet itinérant qui apporte dans les écoles les outils aujourd’hui utilisés pour documenter le patrimoine culturel : casques de réalité virtuelle, réalité augmentée, impressions 3D de monuments, drones pour l’intérieur. Au cœur se trouve la Méthode Arditus, un parcours éducatif construit sur des cartes, des schémas, des jeux pédagogiques, des expériences et des technologies numériques. Il a été mis au point par une enseignante partant de sa propre fille en situation de handicap, et pour elle l’ordinateur est devenu l’outil clé pour apprendre à lire et à écrire.

Dans la malle, on retrouve aussi des expositions sensorielles, des mises en scène pensées pour être explorées par le toucher, l’audition et, lorsque possible, l’odorat. Ce n’est pas une version réduite de la visite pour les non-voyants : c’est une autre voie pour atteindre le même objet. La vue restitue sa forme dans son ensemble et, en un instant, la main la reconstruit bord par bord, et pourtant les expériences de psychologie de la perception montrent que nous reconnaissons au toucher la plupart des objets quotidiens en quelques secondes. L’odorat prend une autre voie : peu de synapses séparent le nez des zones cérébrales liées aux émotions et à la mémoire, et c’est la raison pour laquelle une odeur peut réveiller un souvenir bien plus vite qu’une photographie. En Italie, l’expérience la plus établie dans ce domaine est le Musée tactile national Omero d’Ancône, où les œuvres se touchent selon un règlement.

Le projet agit aussi hors des salles de classe, avec des musées et des parcs archéologiques.

Parmi ceux-ci figure le parc submergé de Torre Chianca, sur la côte des Pouilles, où l’accessibilité pose un obstacle supplémentaire, car le site se trouve sous l’eau. Les solutions envisagées vont des petits véhicules téléguidés qui explorent les fonds marins à des plateformes flottantes pour les plongées assistées, jusqu’aux navettes à propulsion solaire permettant d’atteindre la zone sans moteur à combustion.

Reste ouverte une question que la recherche n’a pas encore tranchée : dans quelle mesure la technologie immersive aide réellement l’apprentissage des étudiants en situation de handicap cognitif. Sur l’usage des casques auprès des personnes hyper-sensibles aux stimuli, la littérature est partagée, et les résultats dépendent fortement de la conception même de l’expérience. Le patrimoine numérisé, toutefois, présente un avantage incontestable : une fois qu’il existe, il est accessible à tous.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Julie Ménard
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