Attaques contre les installations énergétiques : pourquoi les prix du gaz grimpent-ils aussi fortement en Europe ?


Anlagen am iranischen Gasfeld South Pars.

Attaques contre des installations énergétiques
Pourquoi les prix du gaz flambent-ils autant en ce moment

Date de mise à jour : 19 mars 2026 • 17:16

Suite aux attaques contre des installations énergétiques au Moyen-Orient, les prix du gaz en Europe montent en flèche. Au centre des préoccupations : le plus grand champ gazier du monde. Pour le marché mondial, c’est surtout la partie qui appartient au Qatar qui compte.

L’importance du North Field pour le marché mondial

Le champ gazier South Pars joue un rôle central dans le commerce mondial du gaz — mais ce n’est pas en raison d’un Iran émetteur majeur. Pour le marché international, c’est surtout la partie qatarie, connue sous le nom de North Field ou North Dome, qui compte : c’est l’une des sources les plus importantes du commerce mondial du gaz naturel liquéfié (GNL).

Le Qatar contrôle environ les deux tiers du champ, dont les réserves totales sont estimées à 51 billions de mètres cubes de gaz exploitable. Cela suffit à couvrir la demande mondiale pendant environ 13 ans.

Ras Laffan, clé des exportations de GNL du Qatar

Le conglomérat d’État QatarEnergy prétend gérer 14 installations de liquéfaction du gaz, avec une capacité annuelle de 77 millions de tonnes. Il est ainsi le premier producteur mondial de GNL. Le gaz est expédié depuis Ras Laffan, le plus grand terminal GNL du monde.

Situé à environ 80 kilomètres au nord de Doha, Ras Laffan est au cœur de l’économie énergétique exportatrice du Qatar. C’est ici que le gaz extrait du North Field est généralement refroidi et transporté sous forme de pétrole brut liquéfié vers le monde entier, via des navires-citernes empruntant l’itinéraire reliant le Golfe Persique.

Un expert avertit sur un scénario de crise gazière catastrophique

Or, cette plaque tournante centrale du commerce mondial du gaz a été lourdement touchée. QatarEnergy signale des « dégâts importants » et des « incendies considérables » dans plusieurs installations de gaz naturel liquéfié après les attaques de missiles iraniennes. Les investisseurs sur les marchés de l’énergie redoutent d’autres perturbations du commerce mondial de GNL — ce qui pousse le prix du gaz à la hausse.

« Nous sommes aujourd’hui tout près d’un scénario de crise gazier catastrophique », affirme Saul Kavonic, directeur des analyses chez MST Marquee. « Une interruption des livraisons de GNL pourrait durer des mois, voire des années, selon l’ampleur des dégâts. »

Extension du North Field pour l’offre LNG future centrale

Cela dit, une escalade du conflit dans la région met non seulement en danger l’approvisionnement gazier immédiat. Le North Field joue aussi un rôle central pour l’offre future de gaz naturel sur les marchés mondiaux.

En novembre, le PDG de QatarEnergy, Saad al-Kaabi, avait encore annoncé que le méga-projet d’extension North Field devrait commencer à produire du GNL dans la seconde moitié de 2026. D’ici 2027, il viserait sa pleine capacité et porterait la production de GNL de QatarEnergy de 77 à 126 millions de tonnes par an — soit une hausse de 85 %. L’extension comprend également la construction de six usines de traitement du GNL à Ras Laffan.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) voit l’expansion du North Field comme l’un des moteurs les plus importants de l’offre future de GNL à l’échelle mondiale — mais l’avenir de ce mégaprojet est désormais plus incertain que jamais. Pas étonnant que les marchés réagissent avec autant de sensibilité face aux développements dans le Moyen-Orient.

Le « paradoxe du gaz » de l’Iran

Par ailleurs, l’Iran n’a pas encore réussi à Transformer ses abondantes réserves gazières en volumes d’exportation. Les obstacles sont les sanctions, le manque de technologies et des années d’investissements insuffisants. Conséquence: une grande partie du gaz est consommée sur le territoire national; environ 80 % du gaz utilisé en Iran provient du champ South Pars.

Les chercheurs du Center on Global Energy Policy de l’Université Columbia décrivent ce décalage comme le « paradoxe du gaz naturel » iranien: d’immenses réserves — mais une capacité d’exportation limitée.

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