Il existe une variante génétique héréditaire qui augmente de manière significative la probabilité de développer un adénocarcinome, même chez les personnes qui n’ont jamais fumé. Une découverte fondamentale pour améliorer le diagnostic précoce des tumeurs pulmonaires.
Les mécanismes génétiques qui peuvent favoriser le cancer du poumon chez les non-fumeurs restent encore peu clairs, mais une étude publiée dans Science apporte désormais un morceau de connaissance sur cette forme (en plein essor) de cancer. Une mutation génétique héréditaire rare augmente de manière importante le risque d’adénocarcinome pulmonaire, surtout chez les non-fumeurs.
L’objectif d’un diagnostic précoce
Dans environ 8 cas sur 10, les nouveaux diagnostics de cancer du poumon concernent des personnes ayant ou ayant eu une histoire de tabagisme. Toutefois, le nombre de nouveaux cas chez les personnes qui n’ont jamais fumé n’est pas négligeable: en France, ils sont environ 6100 par an. Si l’attention portée à cette forme de cancer chez les fumeurs est élevée, chez les non-fumeurs, le diagnostic du cancer du poumon arrive souvent tardivement, lorsque les traitements sont plus complexes et les chances de guérison plus faibles.
De quelle variante parlons-nous ?
Un groupe de chercheurs du Dana-Farber Cancer Institute, aux États‑Unis, a puisé dans la base de données génétiques 23andMe les données génomiques de 3,3 millions de participants d’origine européenne pour comprendre comment une rare variante génétique identifiée il y a quelques décennies, la EGFR T790M, déjà associée à un risque accru de cancer du poumon, pouvait augmenter la probabilité de développer la maladie chez les fumeurs et chez les non-fumeurs.
L’analyse a montré que porter la mutation EGFR T790M était généralement associé à un risque d’adénocarcinome pulmonaire environ 25 fois plus élevé. L’association se révélait toutefois encore plus marquée chez les non-fumeurs : parmi eux, les porteurs de la rare mutation avaient un risque de cancer du poumon 62 fois plus élevé. Chez les fumeurs porteurs de cette mutation, le risque de cancer du poumon augmente d’environ 4 fois par rapport à celui lié au « seul » tabagisme.
Erédité scomode
Étant donné que l’étude a été menée aux États‑Unis, il est également intéressant de noter que les porteurs de la mutation se trouvaient surreprésentés dans la région des Appalaches du Sud (notamment dans le Tennessee et en Alabama), où la mutation d’origine européenne serait arrivée avec les colons anglais et irlandais entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. Depuis lors, elle se serait propagée dans ces populations relativement isolées.
Au-delà du cas particulier, l’étude montre comment des approches comme celle-ci pourraient aider à comprendre quelles mutations génétiques dangereuses continuent de circuler dans les différentes populations, orientant ainsi les politiques de prévention et les diagnostics précoces.