Des scientifiques britanniques ont proposé de définir une limite maximale de référence pour la consommation hebdomadaire de cannabis, comme on le fait pour l’alcool.
Partant du principe que la meilleure façon d’éviter des dommages liés à la consommation de cannabis est de ne pas l’utiliser, un groupe de scientifiques britanniques a pensé que pour réduire les conséquences les plus dangereuses d’un usage excessif, on pourrait fixer des lignes directrices de référence – une limite maximale à ne pas dépasser, comme on le fait déjà avec l’alcool. L’idée, expliquée dans une étude publiée dans la revue scientifique Addiction, est que de nouveaux paramètres basés non pas sur la fréquence de consommation du cannabis, mais sur sa teneur en THC ou tétrahydrocannabinol, son principal composé psychoactif, pourraient inspirer un utilisation plus responsable chez ceux qui ne peuvent pas s’abstenir (ou n’y parviennent pas).
Puissance, pas fréquence
L’idée des chercheurs de l’Université de Bath, au Royaume‑Uni, est d’utiliser un système de mesure de la consommation de cannabis basé non sur le poids du cannabis (les fleurs sèches de cannabis, qui contiennent une plus grande quantité de principes actifs, dont le THC) ni sur la fréquence d’utilisation de la substance, mais sur sa teneur en THC ou tétrahydrocannabinol, son principal composé psychoactif. Mesurer la consommation en unités de THC – l’équivalent des unités alcooliques, mais pour le cannabis – permettrait de quantifier plus facilement la puissance du cannabis et son effet psychotrope.
Alors, quelle est la limite, donc ?
Tout comme la limite d’une consommation modérée d’alcool est, par définition, de ne pas dépasser 2 unités d’alcool par jour au maximum pour les hommes, et une unité au maximum pour les femmes (où une unité d’alcool équivaut à 12 grammes d’éthanol contenus dans une canette de bière de 330 ml), et donc à 14 unités d’alcool au maximum par semaine, pour le cannabis les chercheurs identifient une limite maximale de 8 unités de THC par semaine : l’équivalent de près de 40 milligrammes de THC, ou d’un tiers de gramme de cannabis en feuilles.
Sous ce seuil, le risque de développer un trouble d’usage du cannabis ou une dépendance au cannabis est moindre, l’incapacité d’arrêter l’usage continu de cannabis qui touche environ 22% des personnes qui en consomment régulièrement, et qui se manifeste par des symptômes de sevrage physiques et psychologiques (insomnie, troubles de l’humeur, perte de temps et comportements à risque pour se procurer la substance). Les scientifiques ont calculé que 80% des consommateurs de cannabis qui restent sous la limite de 8 unités de THC par semaine ne développent pas de trouble d’usage de cannabis, tandis que 70% de ceux qui dépassent ce seuil le développent.
«L’objectif final de nos nouvelles lignes directrices est de réduire les dommages» précise Rachel Lees Thorne, chercheuse au Département de Psychologie de l’Université de Bath, parmi les auteures de l’étude.
«L’unique niveau vraiment sûr d’utilisation du cannabis est le non‑utilisation. Cependant, pour ceux qui n’ont pas l’intention d’arrêter ou qui n’y arrivent pas, nous voulons quand même faciliter la réduction des risques. Par exemple, une personne pourrait décider d’utiliser des produits à plus faible contenu de THC pour réduire la quantité de cannabis utilisée».
Les résultats susciteront un intérêt particulier dans les pays où la vente et la consommation de cannabis sont légalisées: par exemple le Canada, qui œuvre à inclure des indications claires sur les unités de THC contenues sur les étiquettes des produits à base de cannabis, comme c’est le cas aujourd’hui pour l’alcool dans certains pays (dont le Royaume‑Uni).
En France, l’émergence de telles lignes directrices pourrait alimenter le débat sur l’encadrement et l’information des consommateurs, alors que les cadre juridiques actuels restent complexes et que les autorités réfléchissent à la meilleure manière de prévenir les risques liés au cannabis.