Chaleur record en Italie : jusqu’à 40 jours de stress thermique en plus par rapport à il y a cinquante ans

La température ressentie transforme notre géographie : dans le Sud de l’Europe, près de deux mois supplémentaires par an de chaleur dangereuse par rapport à il y a cinquante ans. Voici comment l’été a commencé à dévorer le printemps.

Pendant les vagues de chaleur, comme celles qui, ces dernières semaines, ont touché l’Europe, il y a un paramètre qui mérite une attention particulière : il s’agit du stress thermique ou stress par chaleur, que les experts définissent comme « la charge thermique nette supportée par un individu, en tenant compte des paramètres environnementaux et personnels ». C’est la température ressentie, qui dépend des températures effectives mais aussi de l’humidité, du vent, du rayonnement solaire et de la réponse du corps humain aux conditions ambiantes.

Une étude a évalué comment le stress par chaleur a évolué à l’échelle mondiale depuis 1950. Le tableau qui en est sorti mériterait, au-delà des inquiétudes éphémères et distraites par le doomscrolling, de devenir un sujet pressant dans l’agenda politique. Le travail d’un groupe de scientifiques du European Centre for Medium-Range Weather Forecasts de Reading, au Royaume-Uni, a été publié dans Nature Climate Change.

Une empreinte de plus en plus étendue

Les chercheurs ont utilisé l’Indice Thermique Universel du Climat (UTCI), qui décrit le stress que le corps humain éprouve lorsqu’il tente de maintenir son équilibre thermique avec l’environnement extérieur, pour examiner comment ont changé, en 70 ans, les températures extrêmes ressenties diurnes, nocturnes et les épisodes combinés diurnes et nocturnes.

Pour quantifier le stress par chaleur, l’équipe a fixé trois paramètres : stress thermique fort (températures ressenties égales ou supérieures à 32 °C) ; très fort (températures ressenties égales ou supérieures à 38 °C) ; extrême (températures ressenties égales ou supérieures à 46 °C).

Aux premières lignes, c’est la géographie du stress par chaleur qui s’est dessinée. Les jours de températures extrêmes ressenties sont devenus plus fréquents sur chaque continent. Comme l’écrivent les chercheurs : « l’empreinte spatiale de la chaleur dangereuse s’est élargie, exposant des régions auparavant touchées » (à titre d’exemple, les températures de 35–40 °C touchent actuellement le Royaume-Uni dans ces jours-ci).

« En Europe, le stress par chaleur modéré débute désormais en moyenne à la mi‑mai plutôt que début juin et persiste jusqu’à presque octobre, tandis que le stress par chaleur intense commence en juin plutôt qu’en juillet » précise l’étude. En comparant la décennie 2015-2024 avec les années 70 pour évaluer l’ampleur du changement, on voit que « les régions subtropicales, parmi lesquelles l’Europe méridionale, l’Afrique du Nord et du Sud et l’Amérique latine, enregistrent désormais jusqu’à 50 jours de plus par an avec au moins un stress par chaleur fort » par rapport à il y a 50 ans.

L’Italie, l’Espagne méridionale, la Grèce et la Turquie enregistrent aujourd’hui jusqu’à 40 jours de plus de stress par chaleur forte par rapport aux années 70.

Le stress thermique extrême, celui qui nécessite des interventions politiques et des infrastructures urgentes pour prévenir des impacts graves sur la santé, « se produit désormais 2,5 fois plus souvent en Europe et en Amérique du Sud, le double en Amérique du Nord et respectivement 1,8, 1,7 et 1,2 fois plus souvent en Afrique, en Océanie et en Asie ».

Nuits sans repos

Le stress ne s’apaise pas durant les heures nocturnes. Selon les chercheurs, les nuits tropicales, c’est‑à‑dire ces nuits où les températures ne descendent pas en dessous de 20 °C et qui empêchent le corps de se remettre du stress diurne, seraient en augmentation. En effet, les températures des nuits les plus chaudes de l’année augmentent plus rapidement (0,32 °C par décennie) que celles des jours les plus chauds (0,27 °C).

Pour cet ensemble de facteurs, inextricablement liés aux changements climatiques causés par les activités humaines, et pour les évolutions démographiques survenues au cours des 50 dernières années, aujourd’hui un milliard de personnes de plus dans le monde se trouvent à souffrir d’au moins un jour supplémentaire de stress thermique extrême par an par rapport aux années 70.

Agir sans délai

Les experts soulignent la nécessité de mettre au point, parallèlement aux plans de réduction des émissions, des stratégies d’adaptation au stress par chaleur afin de protéger la santé des citoyens, comme des plans anti-chaleur, des systèmes d’alerte et d’information précoce, et l’évaluation des risques climatiques. « Non seulement les températures augmentent, mais l’humidité augmente aussi, ce qui rend les hautes températures plus meurtrières car le système de refroidissement de notre corps — la sudation — a du mal à suivre ».

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