Nous ne nous en rendons pas compte car notre odorat est relativement faible, mais notre odeur corporelle dit long sur notre état – et les animaux le savent. Cette année, nous vous avons raconté, par exemple, comment les chevaux perçoivent notre peur, et évidemment les chiens sont des spécialistes dans ce domaine. Et c’est précisément des chiens dont parle l’étude publiée dans Animal Cognition dont nous parlons ici.
Des chiens, mais pas seulement: l’équipe du Konrad Lorenz Institute of Ethology qui l’a conduite a testé la capacité des loups à renifler et reconnaître notre peur, a testé la capacité des loups à renifler et reconnaître notre peur, découvrant que cela pourrait avoir des racines évolutives profondes et ne pas être, pour les chiens, uniquement le fruit de millénaires de domestication.
Sueur bonne et sueur mauvaise
L’expérience a impliqué 10 femmes, à qui ont été montrées deux vidéos d’environ vingt minutes: le premier était un documentaire naturaliste particulièrement relaxant, le second une collection de scènes de films d’horreur.
Après ces deux visionnages, les chercheurs ont recueilli des échantillons de sueur, qui ont ensuite été utilisés pour tester la réaction de 11 chiens et 8 loups, aucun d’entre eux n’ayant jamais interagi avec des humains auparavant.
Les chiens et les loups ont réagi exactement de la même manière. Ils n’ont pas montré de préférences particulières lorsqu’il s’agissait de choisir quelle odeur renifler: que ce soit la sueur « bonne » ou celle provoquée par la peur, ils s’approchaient tout de même des échantillons pour les renifler.
Face à la sueur « d’horreur », cependant, les chiens et les loups ont eu la même réaction: s’éloigner de la sueur après quelques reniflements, et regarder vers les humains. Pas les étudiantes qui avaient donné la sueur, mais leurs entraîneurs.
Les odeurs comme langage universel
Et voici la véritable limite de l’étude: les chiens et les loups testés étaient domestiqués, ou du moins élevés en captivité. Nous ne savons donc pas si les loups sauvages réagiraient de la même manière face à l’odeur de la peur.
Cela ne signifie pas que l’expérience ne nous dit pas quelque chose d’intéressant: si l’hypothèse selon laquelle les chiens ont appris à identifier nos odeurs à la suite de millénaires de domestication est vraie, les loups de l’expérience, aussi habitués aux humains, auraient quand même dû réagir différemment de leurs homologues domestiqués.
Au contraire, chiens et loups, aussi bien habitués aux humains, ont réagi de la même manière: ils ont identifié l’odeur de la peur et se sont tenus à l’écart, probablement parce qu’ils la lisent comme un indicateur d’une situation à éviter.
Selon les auteurs, ces résultats montrent que la capacité de répondre à nos signaux chimiques a des racines évolutives très profondes, qui précèdent le moment où nous avons domestiqué les loups en chiens. Ou plus simplement, l’odeur est un langage universel.