Cinq grandes catégories de troubles psychiatriques

Une étude génétique portant sur les données de plus d’un million de personnes met en lumière les racines communes cachées de troubles psychiatriques apparemment disparates, qui partagent néanmoins les mêmes bases biologiques.

Une étude génétique sur des données de plus d’un million de personnes met en lumière les racines communes cachées de troubles psychiatriques apparemment disparates, qui partagent néanmoins les mêmes bases biologiques.

Selon la recherche, publiée dans Nature, des maladies actuellement considérées comme distinctes dans les manuels diagnostiques, comme l’anxiété et la dépression, auraient toutefois pour origine le même « noyau dur » de variantes génétiques, et relèveraient donc du même sous-groupe. Cette étude pourrait influencer la classification et la prévention des troubles psychiatriques les plus répandus et diffus.

L’hypothèse: cinq groupes de troubles psychiatriques

Selon les chercheurs de l’Université du Colorado Boulder (États-Unis), 14 troubles psychiatriques majeurs pourraient en réalité être regroupés en cinq grandes catégories, chacune caractérisée par un socle commun de facteurs de risque génétiques. Cela signifie que parmi de nombreuses conditions jusqu’ici considérées comme distinctes, comme les troubles du spectre autistique et le TDAH, il existerait une superposition bien plus importante que ce que l’on pensait.

Les chercheurs ont analysé les informations génétiques de plus d’un million de personnes atteintes de troubles psychiatriques et non contenues dans diverses bases de données publiques accessibles, arrivant à distinguer cinq catégories de maladies: celle de la schizophrénie et du trouble bipolaire; une catégorie « intérieure » qui inclut les troubles dépressifs, les troubles d’anxiété et le trouble de stress post-traumatique; une catégorie dédiée aux troubles du neurodéveloppement tels que l’autisme et le TDAH; une catégorie compulsive, qui inclut le trouble obsessionnel-compulsif et l’anorexie; et une catégorie pour les troubles liés à l’abus de substances, comme la dépendance à la nicotine et l’abus d’alcool.

Une concomitance non fortuite

L’étude est née de la volonté de comprendre pourquoi les personnes qui ont déjà reçu un diagnostic de maladie psychiatrique sont plus susceptibles d’en recevoir une autre pour un nouveau trouble mental. Par exemple, la plupart des personnes souffrant de dépression présentent également des troubles d’anxiété, et inversement. Les résultats obtenus, comme expliqué dans Nature, suggèrent que la haute prévalence de plusieurs troubles psychiatriques chez une même personne n’est pas une coïncidence, mais le reflet d’une base biologique partagée.

Le risque naît dans le ventre

Les chercheurs sont ensuite partis de ces catégories pour remonter, en raisonnant à rebours, les régions du génome dont les variations sont associées au risque génétique de développer des maladies appartenant à au moins l’un de ces cinq macro-groupes. Ils ont identifié 238 de ces régions génomiques: par exemple l’une sur le chromosome 11 augmente le risque d’au moins huit troubles psychiatriques car elle code pour les gènes impliqués dans la signalisation de la dopamine, un neurotransmetteur crucial pour la régulation de l’humeur, des pulsions et des gratifications.

Beaucoup des facteurs génétiques qui relient ces troubles concernent des gènes impliqués dans le développement fœtal, une phase qui manifestement a un poids fondamental dans la détermination du risque futur de développer des troubles psychiatriques.

Mais entre une macrocatégorie et l’autre, il existe aussi des différences spécifiques: par exemple, dans la catégorie d’anxiété et de dépression, des variantes liées aux oligodendrocytes, cellules cérébrales qui soutiennent et isolent les neurones, seraient plus fréquentes.

Les retombées pour les patients

Les résultats de l’étude pourraient influencer les futures classifications des troubles psychiatriques: dans le diagnostic, les bases biologiques partagées pèseraient de plus en plus, et moins les symptômes spécifiques. À un niveau moins théorique, tout cela pourrait aider les patients souffrant d’une pathologie unique à réduire les probabilités d’en développer une autre associée, ou à identifier les catégories de médicaments les plus adaptées pour traiter les troubles psychiatriques d’un certain « groupe ».

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