Entreprises européennes
Pourquoi les affaires en Chine continuent de bien marcher
Même si les relations n’ont pas toujours été au sommet, les entreprises européennes réalisent de bons résultats en Chine — malgré les obstacles, le scepticisme et la méfiance.
Les entreprises européennes continuent de réaliser de bons chiffres en Chine. La situation n’est toutefois plus aussi favorable qu’avant la politique nationaliste du président Xi Jinping. Les opportunités d’affaires et de profits restent entachées de restrictions propres aux régimes autoritaires. Cela ressort d’un sondage mené par la Chambre de commerce européenne en Chine, auquel ont participé la moitié des 1 100 membres.
Corruption et pouvoir du PCC
On retrouve sans surprise l’idée récurrente selon laquelle les entreprises étrangères seraient traitées moins favorablement que les entreprises chinoises. Les entreprises d’État ou locales seraient privilégiées partout, les privées le seraient souvent moins.
Comme exemple qui peut paraître anodin, le président de la Chambre européenne Jens Eskelund évoque le fait que les hôpitaux reçoivent des dons d’entreprises chinoises et privilégient ensuite les employés associées à ces entreprises. « À l’échelle locale, il est presque inévitable de parler de corruption », commente Horst Löchel du Sino-German Center à la Frankfurt School of Finance.
Le sinologue de Francfort livre un avis plutôt favorable sur la politique économique du président Xi. C’est notamment sa décision d’accélérer le rattrapage des retards techniques qui a dopé la dynamisme économique. « La politique économique n’est pas mauvaise », affirme Löchel, « ce n’est pas la DDR ».
La propriété intellectuelle n’est pas sûre
Depuis des décennies, on sait que la propriété intellectuelle des étrangers en Chine n’est pas réellement protégée. Il s’agit de brevets, de procédés techniques et de plans de conception. Bien que beaucoup se soient améliorés, 39 pour cent des entreprises estiment que les règles de protection de la propriété intellectuelle ne sont pas correctement appliquées.
Raquel Ramirez de la Chambre européenne rapporte qu’un cinquième des entreprises rencontrent des problèmes lorsqu’elles souhaiteraient échanger des données techniques avec leur siège européen. Carlo D’Andrea, du bureau de Shanghai de la Chambre de commerce, indiquait que sept entreprises sur dix éprouvaient des difficultés de transfert international de fonds. « Ainsi, cela ne facilitera pas la création d’un centre financier à Shanghai », a-t-il averti.
Des administrations déroutantes
En Allemagne, il est habituel que les administrations municipales et les entreprises locales n’entretiennent aucun lien entre elles. En revanche, dans l’économie dirigée chinoise, les entreprises entretiennent des relations variées avec l’appareil public. L’efficacité dans la collecte des impôts n’étonne pas, remarque ironiquement le président de la Chambre, Eskelund. Par ailleurs, les exigences des autorités locales sont élevées, mais les services ne satisfont pas toujours.
Il ne faut pas imaginer les choses comme en Europe, avec des règles claires, avertit le spécialiste de la Chine Löchel. Les responsables de la Chambre indiquent que ce n’est pas toujours évident de savoir quel bureau ou quelle autorité est compétent pour quoi. Cette administration étagée, entre les services municipaux, les provinces et l’administration centrale, est souvent source de confusion: plus de la moitié des entreprises européennes en Chine déclarent avoir perdu des opportunités de marché en raison d’une réglementation étatique.
Pourtant de bonnes affaires
« Par rapport à d’autres marchés, la Chine se porte bien », affirme Eskelund. Il reste rentable de faire des affaires en Chine. Les matières premières y sont bon marché, la main-d’œuvre est peu coûteuse, l’énergie est disponible. « La Chine est extrêmement compétitive si l’on regarde ce que l’on obtient pour chaque coût », déclarait Eskelund. La grande majorité des entreprises industrielles européennes louent l’efficacité de la production en Chine.
Un tiers des sondés s’attendent à une baisse des bénéfices, la moitié prévoit des bénéfices stables, et 17 pour cent anticipent une hausse des bénéfices. En matière de croissance, l’optimisme demeure plus prononcé: un tiers prévoit une croissance commerciale nettement plus importante, près d’un demi-senti que la croissance restera à peu près stable, et un cinquième croit pouvoir atteindre la croissance déjà enregistrée.
Un marché en mutation
Au cours des quarante dernières années, des entreprises étrangères sont venues en Chine pour servir le marché de 1,4 milliard d’habitants. Cela a évolué, affirme le président de la Chambre. Aujourd’hui, les entreprises européennes en Chine gagnent surtout leur argent grâce à l’exportation de produits fabriqués en Chine. La concurrence s’est intensifiée. « Dans presque tous les secteurs, vous avez aujourd’hui au moins un concurrent chinois », précise Eskelund.
Les Européens investissent peu
Plus de la moitié des entreprises européennes présentes en Chine souhaitent investir dans le pays au cours de l’année qui vient. D’un point de vue international, c’est élevé; mais dans le cadre du Chine‑affaires, c’est le chiffre le plus bas à ce jour. L’Europe demeure un acteur peu important en tant qu’investisseur pour la Chine. Les chiffres les plus récents de l’organisme statistique chinois datent de 2024; la Banque centrale européenne avance des chiffres plus récents. Les deux organismes s’appuient sur des sources différentes et utilisent des méthodologies distinctes, ce qui rend les chiffres non directement comparables. Toutefois, on peut dégager une tendance.
Selon les chiffres officiels chinois, 2024 a vu neuf milliards de dollars investis depuis l’Europe. Depuis, les montants ont chuté selon la BCE. Les neuf milliards européens de l’avant-dernière année représentaient un dixième de ce que le reste de l’Asie avait investi, et moins que les investissements venus d’Amérique latine en Chine.