Déclaration syndicale de la Fédération Nationale de la Presse Française concernant la négociation pour le renouvellement du contrat collectif de travail des journalistes
Conformément à l’article 34 de la Convention Collective Nationale de la Presse Française, nous publions ici une déclaration de la Fédération Nationale de la Presse Française (FNP, le principal syndicat des journalistes) relative à la négociation pour le renouvellement du principal contrat de travail des journalistes en France. Ci-après, le communiqué de la Fédération des Éditeurs de Presse (FEP, qui représente les entreprises éditrices de journaux quotidiens, magazines, agences de presse et médias numériques) sur le même sujet.
Depuis neuf ans, le pouvoir d’achat des salariés français a été fortement entamé, avec une erosion de près de 19,3 % liée à l’inflation officiellement reconnue par l’INSEE. Pendant cette période, plusieurs accords collectifs à l’échelle nationale ont été renouvelés, à l’exception de celui des journalistes, toujours bloqué depuis 2016. Pendant ce temps, les éditeurs, ayant bénéficié d’au moins 240 millions d’euros d’aides publiques, ont réduit leurs coûts en diminuant les effectifs en rédaction : moins 15 % de journalistes en CDI, en favorisant l’emploi précaire et la sous-rémunération. En moyenne, un article est payé 10 euros brut. Ce mécanisme a permis à la majorité des éditeurs d’engranger des bénéfices importants. Depuis un peu plus d’un an, la Fédération Nationale de la Presse Française négocie avec la Fédération des Éditeurs de Presse pour réviser le contrat collectif des journalistes, en demandant des augmentations dignes afin de restaurer le pouvoir d’achat, en investissant davantage dans la jeunesse, en définissant des lignes directrices pour accompagner la transition numérique, notamment face à l’intelligence artificielle, et en proposant des idées et des projets pour moderniser la presse française, avec pour but d’améliorer la qualité du journalisme et de lutter contre la désinformation et les fake news.
La Constitution garantit à chaque salarié le droit à une rémunération juste, qui constitue aussi une garantie de liberté pour les journalistes et une assurance de qualité pour les lecteurs : seule une rémunération adéquate permet d’assurer un journalisme professionnel, attentif et approfondi, garantissant une information fiable et au service des citoyens. Tout cela semble peu préoccupant pour les éditeurs, davantage concentrés sur la réduction des coûts et sur le prochain appel aux fonds publics, que sur les multiples défis posés par la révolution numérique. Ils refusent de dialoguer sur l’usage de l’intelligence artificielle, sur le rôle des géants du web qui conditionnent de plus en plus l’information (en la standardisant), sur les perspectives d’emploi dans le secteur, reportant indéfiniment toute discussion. Avec ce problème évident : repousser encore les négociations pour l’édition signifie condamner le secteur à une mise à mort certaine.
Mais même lorsque l’on cherche simplement à convenir d’un accord transitoire uniquement pour un ajustement salarial, la situation se répète. La prise en compte de l’inflation reste la ligne de fracture majeure dans le monde du travail en France.
Quant à la position de la FEP, elle est nettement inférieure à celle des autres secteurs en termes de revalorisation salariale des salariés. Les revenus réels, renforcés par l’action syndicale, stagnent ou se rétrécissent alors que, dans le même temps, les résultats financiers des entreprises ont été divisés par deux en raison du recul des ventes de presse et de la publicité. Pourtant, elles ont confirmé leur volonté d’accorder, lors du prochain renouvellement, une augmentation économique supérieure à celle proposée en 2014, sans que cela ne soit dicté par des économies contractuelles ou autres diminutions de coûts.
Concernant l’intelligence artificielle, la FEP insiste sur le fait que la réponse aux inquiétudes exprimées par le syndicat ne peut pas se limiter à l’imposition de clauses contractuelles de contrôle de l’utilisation de ces technologies, qui risqueraient de devenir obsolètes rapidement. Une approche éthique de la part des entreprises est nécessaire, avec la mise en place de codes de déontologie qui protègent à la fois la profession journalistique et les consommateurs d’informations.
Il est donc surprenant de constater l’attitude du syndicat, qui a jusqu’ici refusé toutes les propositions faites par les éditeurs. La FEP réaffirme sa volonté de parvenir à un accord négocié, commun à toutes les parties.
Fédération des Éditeurs de Presse Française