La banane qui ne noircit jamais arrive bientôt dans les supermarchés (mais pas en Italie)

Grâce à l’édition génétique CRISPR, une nouvelle variété de banane Cavendish peut rester jaune jusqu’à 24 heures après avoir été pelée. L’objectif ? Réduire les tonnes de nourriture qui finissent chaque jour à la poubelle.

Chaque jour, des milliards de bananes comestibles finissent dans la poubelle simplement parce qu’elles présentent des taches marron ou une peau sombre, aussi la biotechnologie tente-t-elle de remédier à cela.

Au Royaume‑Uni, les bananes modifiées par la technique CRISPR pour éviter le brunissement ont franchi un obstacle administratif important.

Le 25 septembre, le Ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires Rurales britannique (DEFRA) a donné sa bénédiction, et il ne manque plus qu’une ultime étape avant l’arrivée sur les étals des supermarchés: l’avis sur la sécurité alimentaire par la Food Standards Agency (FSA).

Si approuvée, la variété ne sera pas la première au niveau mondial : elle a en effet déjà obtenu le feu vert réglementaire dans 11 pays, dont les États‑Unis, le Canada, le Japon et le Brésil.

Comment ça fonctionne ?

La plupart des bananes que nous achetons appartiennent à la variété Cavendish. Étant donné qu’il s’agit de fruits stériles dépourvus de pépins, chaque plante est produite par clonage.

Les chercheurs de Tropic Biosciences ont exploité la « paire moléculaire » CRISPR-Cas9 pour agir sur l’ADN de la Cavendish. Plus précisément, ils ont désactivé les trois copies du gène PPO1, responsable de la production de l’enzyme polyphénol oxydase. Cette enzyme, riche en cuivre, est le principal moteur du processus d’oxydation qui fait brunir le fruit au contact de l’air.

En rendant ce gène inopération, la banane conserve sa couleur jaune jusqu’à 24 heures après l’avoir pelée ou tranchée (à l’inverse des quelques minutes pour la banane traditionnelle) et elle résiste également davantage aux chocs pendant le transport. En outre, comme la Cavendish se reproduit par clonage, la modification se transmet sans altération d’une plante à l’autre.

Lutte contre le gaspillage alimentaire

Il s’agit d’une avancée majeure quand on parle de gaspillage: près de la moitié de la production mondiale de bananes est perdue avant même d’être consommée. Rien qu’au Royaume‑Uni, on estime que près de 1,4 million de bananes sont jetées chaque jour.

Selon la réglementation britannique, la nouvelle variété entre dans la catégorie des « organisme à reproduction de précision » (Precision‑Bred Organism), car le résultat pourrait théoriquement être obtenu également par des sélections et croisements traditionnels. En conséquence, si la FSA donne l’approbation finale, le fruit n’aura pas besoin d’afficher l’étiquette « modifié génétiquement ».

A qui plaît le nourriture du futur ?

Alors que des décennies d’études scientifiques et des organisations internationales (comme les National Academies of Sciences) confirment que les aliments issus de la modification génétique sont aussi sûrs et aussi nutritifs que les produits conventionnels, une part du public demeure sceptique face à ces produits.

Cependant, face à une population mondiale destinée à atteindre les 10 milliards d’individus et à un climat de plus en plus extrême, marqué par les sécheresses, les vagues de chaleur et l’émergence de nouvelles maladies des plantes, l’édition génétique pourrait représenter une ressource indispensable pour garantir nos besoins alimentaires.

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