Le 13 août dernier, les eaux de la mer Méditerranée ont atteint la température record de 28,54 °C, la plus élevée mesurée depuis 1940. Le problème n’est pas seulement que notre mer se réchauffe et s’alourdit en salinité, mais qu’elle le fasse à un rythme de plus en plus soutenu.
Selon une étude publiée dans Geophysical Research Letters, depuis 2000 les eaux méditerranéennes se sont réchauffées d’environ un demi-degré Celsius par an, tandis que la température des eaux profondes de l’Adriatique méridionale a augmenté six fois plus rapidement. « Pour nous, l’aspect alarmant réside dans la vitesse de ce changement, et les profondeurs que ces changements aussi significatifs atteignent », commente Elena Terzić, coordinatrice de l’étude.
Nous savons déjà que ces dernières années les premiers cent mètres superficiels de la Méditerranée étaient environ 2 °C plus chauds que la moyenne 1950-1999. Ce que personne n’avait encore analysé, c’était le rythme de ce réchauffement, et s’il concernait toutes les zones de la même manière. Ainsi, partant d’une analyse récente qui avait relevé une salinisation inhabituelle et une augmentation de la température de l’eau sans précédent dans l’Adriatique, les deux chercheuses Elena Terzić et Ivica Vilibić ont décidé de mesurer la salinité et les températures de l’ensemble de la Méditerranée de 1950 à 2025.
En eaux troubles
Ce qui ressort avec clarté, c’est que l’augmentation de chaleur et de salinité de l’eau est statistiquement décelable (et donc non attribuable au hasard) jusqu’à environ 3 000-4 000 mètres de profondeur.
Le problème est que l’eau plus chaude est plus légère, tandis que l’eau salée est plus dense: actuellement, dans les eaux de surface, c’est la chaleur qui prévaut sur la salinité, tandis que dans les eaux profondes, c’est l’inverse qui se produit. Tant que la salinité dépassera le réchauffement, l’eau dense continuera de s’enfoncer (bien que plus chaude et donc moins riche en oxygène), remuant les couches les plus profondes et transportant les nutriments.
Mais si la chaleur venait à dépasser la salinité, nous aurions un problème sérieux: la circulation marine profonde se transformerait, l’eau chaude ne s’enfoncerait plus et la vie marine en souffrirait. Tout cela, avertit l’étude, représente un risque particulièrement élevé dans l’Adriatique méridionale, où depuis 2000 les eaux profondes se sont réchauffées à un rythme six fois supérieur au reste de la Méditerranée.
Regarder la Méditerranée, par ailleurs, nous permet d’envisager ce qui arrivera aux océans: « Compte tenu de son renouvellement relativement rapide et de sa forte sensibilité aux forçages atmosphériques, la Méditerranée peut être considérée comme un indicateur précoce de l’accélération de la réponse des océans face aux changements climatiques », concluent les deux chercheuses.