Le paradoxe des riches écologistes : défendre le climat peut aggraver la pollution

Quand on parle d’émissions polluantes, on désigne comme principaux responsables des secteurs entiers (transports et agriculture, par exemple) ou des pays. Mais si l’on parle de l’individu ? Que les riches soient de grands pollueurs, on le sait depuis des années — argent et pouvoir vont de pair avec des jets privés et des modes de vie coûteux pour l’environnement, autant que pour le porte-monnaie. Ce qui surprend, en revanche, est ce que révèle une étude récente publiée dans Communications Earth & Environment : parmi les plus riches, les plus grands émetteurs seraient paradoxalement aussi ceux qui tiennent le plus à l’environnement.

L’étude

Les chercheurs ont interrogé 5 069 personnes originaires du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Royaume-Uni et des États‑Unis, afin qu’elles s’auto‑évaluent sur le revenu, le patrimoine, le niveau d’instruction et le prestige professionnel pour établir leur statut socio‑économique. Ils leur ont ensuite demandé combien elles tenaient à la nature et au climat, et à quel point elles évitaient le gaspillage. En intégrant ces données à une série d’indicateurs concrets (consommation de viande et de produits laitiers, taille du logement, production de déchets, usage de la voiture, heures de vol), ils ont estimé leur empreinte écologique globale.

Le résultat général n’est pas surprenant : plus une personne déclare attacher de l’importance à l’environnement, plus faible est son impact. Mais pour 30 % des plus riches et les plus instruites, cela vaut le contraire : ceux qui se montrent les plus sensibles aux questions environnementales ont une empreinte écologique supérieure à celle de leurs pairs.

Écologistes mais super‑émétteurs : pourquoi ?

La raison principale derrière cette apparente contradiction réside dans les voyages en avion. Ceux qui disposent d’un statut sociodémographique élevé et se déclarent amoureux de la nature ont tendance à prendre l’avion fréquemment, l’une des activités individuelles les plus coûteuses en termes d’émissions. « Contre‑intuitivement, plus forte est l’orientation environnementaliste, plus grande est l’empreinte écologique. Cela implique que les valeurs pro‑environnementales à elles seules ne suffisent pas à atténuer le changement climatique, surtout parmi les populations aisées », écrivent les auteurs de l’étude.

Felix Creutzig, chercheur à l’Université de Sussex qui n’a pas participé à l’étude, offre une autre clé d’interprétation: les écologistes ont tendance à être des personnes ouvertes au monde, curieuses des autres cultures, ayant des amis dans des pays différents — autant de caractéristiques qui les amènent à voler davantage.

Quelles solutions avons-nous ?

La réponse politique la plus évidente est de taxer les vols (comme le font déjà le Royaume‑Uni et l’Allemagne), mais selon les chercheurs, les augmentations ne suffiraient pas à dissuader ceux qui peuvent se permettre de voler à n’importe quel prix. Selon Carlo Aall du Western Norway Research Institute, l’étude confirme la nécessité de réduire la consommation de ressources et d’énergie, quitte à affronter une récession économique.

Quoi qu’il en soit, l’important est de ne pas se contenter de dénoncer : avec leur étude, les auteurs ne veulent pas accuser les riches, mais plutôt montrer que les valeurs individuelles ne suffisent pas – il faut imposer des règles qui s’appliquent à tous.

Rappelons que ce sont toutefois les résultats d’une seule recherche, fondée sur un échantillon relativement restreint, partiellement basé sur des données auto‑rapportées et donc susceptibles de biais, qui met en évidence (comme on le rappelle souvent) une corrélation, et non une causalité.

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