L’ère des robots physiques a commencé : le boom boursier d’Unitree et les tensions sur les marchés mondiaux

Lors du premier jour de cotation à Shanghai, les actions de l’entreprise chinoise de robotique ont bondi de +629%. Entre ventes record, pirouettes impressionnantes et la restriction des importations aux États-Unis, la ruée vers les robots à apparence humanoïde relance le défi technologique mondial.

Le début de Unitree Robotics sur le marché STAR de la Bourse de Shanghai s’est mué en l’un des événements financiers les plus spectaculaires de l’année. Dès la première séance de négociation, l’action de l’entreprise de Hangzhou — fondée en 2016 par le jeune ingénieur Wang Xingxing — s’est ouverte à 1 100 yuans par action (1 yuan chinois équivaut à environ 0,13 euro). avec un bond de +629% par rapport au prix d’introduction de 150,80 yuans.

Au cours de la séance, le titre a ensuite partiellement perdu une partie de ses gains, terminant autour de 845 yuans, soit environ +460% par rapport au prix de l’IPO. À la valeur d’ouverture, la capitalisation de l’entreprise a brièvement dépassé les 66 milliards de dollars, tandis qu’en fin de journée elle se situait à des niveaux plus proches des 50 milliards.

La cotation a été accompagnée d’une demande exceptionnelle de la part des petits épargnants: avant le mécanisme de réallocation des actions entre les différentes catégories d’investisseurs, la demande retail dépassait de plus de 8.000 fois la tranche initialement disponible.

Unitree devient ainsi la première entreprise spécialisée dans la robotique humanoïde à s’introduire sur le marché des A-shares chinois, c’est-à-dire le marché des actions de sociétés chinoises échangées en Chine, en monnaie locale.

Ce n’est toutefois pas la première société de robotique humanoïde au monde à accéder aux marchés financiers: la chinoise UBTECH Robotics est, par exemple, cotée à Hong Kong depuis 2023.

Entre acrobaties virales et travail en usine

À la base de la croissance d’Unitree se trouve une stratégie industrielle précise : développer en interne une partie très large des composants et modules critiques de ses robots, des moteurs aux réducteurs, des articulations mécaniques aux cartes de contrôle et aux algorithmes de déplacement.

Cette intégration verticale permet à l’entreprise de réduire les coûts, d’accélérer le développement des nouveaux modèles et de maintenir des prix nettement inférieurs à ceux de nombreux concurrents américains et européens.

Les robots quadrupèdes restent l’un des piliers du business. La gamme Go2, conçue aussi pour les particuliers et les développeurs, ainsi que les modèles plus imposants destinés aux inspections industrielles, ont permis à Unitree de conquérir une part très significative du marché mondial des « chiens-robots ».

Mais ce qui a surtout captivé les investisseurs ces dernières années est la transition vers les robots humanoïdes.

  • Unitree G1 (dans la photo d’ouverture). Proposé avec un prix de départ d’environ 13.500 dollars, il mesure environ 1,32 m et pèse autour des 35 kilos. Le coût relativement contenu en a fait un candidat particulièrement attractif pour les universités, laboratoires et centres de recherche travaillant sur le contrôle moteur, l’intelligence artificielle et l’interaction entre robot et environnement.
  • Unitree H1. Plus proche des dimensions d’un adulte, l’H1 peut atteindre des vitesses d’environ 12 km/h. Il est devenu l’un des modèles symboles de la nouvelle génération de robots bipèdes grâce à la puissance de ses actionneurs et à sa capacité à conserver l’équilibre même lors de mouvements extrêmement dynamiques.
  • Le prototype « Superman ». Unitree a récemment dévoilé un nouveau prototype capable, selon les données diffusées par l’entreprise, d’effectuer des sauts verticaux d’environ 2 mètres et d’atteindre des performances athlétiques bien supérieures à celles des générations précédentes. Il s’agit toutefois, pour l’instant, de résultats annoncés par le fabricant et démontrés dans des vidéos promotionnelles, et non de records certifiés de manière indépendante.

Dans la vidéo publiée par Unitree et relayée sur YouTube, le prototype « Superman » montre précisément le saut vertical d’environ deux mètres, une démonstration impressionnante des capacités mécaniques atteintes par l’entreprise.

Le vrai banc d’essai, toutefois, n’est pas là.

Mettre un robot à courir, sauter ou se relever dans des conditions contrôlées, c’est une chose; le faire travailler des heures dans une usine, aux côtés d’êtres humains, face à des objets variés et des situations imprévisibles en est une autre.

La manipulation, c’est-à-dire la capacité d’attraper, déplacer et utiliser des objets avec la précision et la souplesse d’une main humaine, demeure l’un des obstacles majeurs pour l’ensemble de l’industrie des robots humanoïdes.

Plier un vêtement, insérer correctement un composant, manipuler un objet fragile ou réagir à une situation inattendue sont des tâches apparemment simples pour une personne, mais extrêmement complexes pour une machine.

C’est pourquoi l’écart entre une vidéo spectaculaire et un robot réellement opérationnel en chaîne de production reste encore conséquent.

Le choc avec les États‑Unis et les doutes sur la sécurité

L’explosion financière d’Unitree arrive aussi à un moment de tensions technologiques croissantes entre Pékin et Washington.

Aux États‑Unis, la FCC a introduit de nouvelles restrictions concernant certaines catégories de robots avancés produits à l’étranger, y compris les robots humanoïdes et quadrupèdes.

La FCC est l’autorité fédérale qui réglemente les communications et l’autorisation de nombreux dispositifs utilisant des technologies sans fil. L’inscription de certains équipements sur la liste dite Covered List peut limiter ou empêcher leur autorisation sur le marché américain.

Il ne s’agit donc pas d’une interdiction générale et immédiate d’importer tous les robots chinois : les mesures visent surtout l’autorisation de nouveaux modèles et prévoient des exceptions et procédures spécifiques.

À la base des préoccupations américaines figurent surtout les risques potentiels liés à la cybersécurité, à la collecte de données, à la surveillance, au contrôle à distance des dispositifs et à la sécurité de la chaîne d’approvisionnement.

Le fait que des robots quadrupèdes fabriqués par des entreprises chinoises, y compris Unitree, aient été modifiés par des tiers pour être utilisés dans des contextes militaires, de sécurité ou de surveillance, contribue à complexifier le sujet.

Sur le web circulent à plusieurs reprises des images de chiens-robots équipés d’armes, même si cela ne signifie pas nécessairement que de telles configurations aient été élaborées directement par Unitree.

Et c’est précisément cette ambivalence qui rend les robots avancés un enjeu de plus en plus géopolitique: la même machine capable d’inspecter une centrale électrique, d’explorer une zone dangereuse ou de transporter des matériaux peut, en théorie, être adaptée à des usages militaires ou de surveillance.

Les États‑Unis représentaient en 2025 environ 13% des revenus d’Unitree.

Un éventuel durcissement des restrictions américaines pourrait donc avoir un impact commercial important, mais pas nécessairement décisif.

Le marché intérieur chinois reste colossal et Pékin considère la robotique humanoïde comme l’un des secteurs stratégiques sur lequel construire la prochaine génération de l’industrie manufacturière.

Le véritable défi, à ce stade, sera de savoir si Unitree parviendra à transformer la spectaculaire de ses robots — et l’enthousiasme des investisseurs — en une activité industrielle durable.

Parce que courir, sauter et faire des cabrioles peut générer des millions de vues.

Mais le saut décisif sera ailleurs: passer des vidéos virales aux usines.

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