Les infrastructures des énergies fossiles menacent la santé de 2 milliards de personnes

La santé d’un quart des personnes qui vivent sur la Terre est mise en péril par la proximité d’installations dédiées aux combustibles fossiles.

Au moins 2 milliards de personnes, soit environ un quart de la population mondiale, vivent à moins de 5 km de plus de 18 000 infrastructures pour les combustibles fossiles, réparties dans 170 pays. Parmi elles, plus de 520 millions sont des enfants, et au moins 463 millions vivent à moins d’un kilomètre de ces sites.

Un rapport d’Amnesty International publié à l’ouverture de la COP30 évalue pour la première fois le nombre d’êtres humains dont la santé est gravement menacée par la proximité géographique des infrastructures d’extraction, de transformation ou de transport de pétrole, charbon et gaz. Le résultat est une carte des dommages mondiaux infligés par les combustibles fossiles non seulement lorsque nous en respirons les émissions ou subissons les effets du réchauffement climatique qu’ils provoquent, mais avant, lorsque nous les extrayons du sous-sol et les expédions d’un bout à l’autre de la planète.

Les coûts humains des combustibles fossiles

La plupart des études sur l’impact des combustibles fossiles se concentrent sur leur contribution au smog ou sur leur pouvoir de réchauffement climatique, qui amplifie la chaleur globale au détriment de notre santé.

Le nouveau rapport, intitulé Extraction Extinction: Why the Lifecycle of Fossil Fuels Threatens Life, Nature, and Human Rights (« Estinzione da estrazione : pourquoi le cycle de vie des combustibles fossiles menace la vie, la nature et les droits humains »), réalisé par Amnesty International en collaboration avec le Better Planet Laboratory (BPL) de l’Université du Colorado Boulder, effectue un exercice différent, en reconstituant la géographie de l’exposition directe des populations aux infrastructures fossiles.

Les scientifiques ont croisé les données sur les localisations connues des puits, oléoducs et autres installations de l’industrie fossile avec celles relatives à la population et à la présence d’écosystèmes cruciaux pour la biodiversité ou pour le stockage du carbone, ainsi que les données sur les émissions quotidiennes de gaz à effet de serre et sur la répartition des populations autochtones sur le territoire.

Ils ont ainsi découvert que plus de 16% des infrastructures pour les combustibles fossiles se trouvent dans les territoires indigènes, et que au moins 32% des installations existantes pour extraire, transformer ou transporter le pétrole et consorts se situent au-dessus d’un écosystème critique, dont la dégradation entraînerait des dommages écologiques en chaîne.


Zones « sacrificables »

La plupart des projets répertoriés ont transformé les écosystèmes et les communautés voisines en zones fortement contaminées, avec des niveaux d’inpollution préoccupants dus à des déversements accidentels, des incendies, des panaches de fumée, des dommages à la biodiversité locale et à des systèmes, tels que les forêts et les marais, qui devraient stocker le carbone mais qui ne remplissent plus cette fonction parce qu’ils sont trop dégradés. 

La proximité des infrastructures pour combustibles fossiles (mines et installations d’extraction et de transformation du carbone, gazoducs, oléoducs, regazéificateurs, plateformes de forage, raffineries) accroît le risque de cancer, de maladies respiratoires et cardiaques, de naissances prématurées; elle compromet la qualité de l’air et de l’eau et constitue un facteur de dégradation du territoire.

A l’image d’une population marginalisée, à faible revenu et sans alternatives, qui se voit privée du droit à la santé et d’autres droits fondamentaux — comme celui de vivre sur ses terres ou de pêcher dans la rivière juste sous son domicile —, c’est elle qui paie le prix.

Et ce n’est pas fini

Le rapport donne voix à une section dirigée par la Columbia Law School’s Smith Family Human Rights Clinic avec des entretiens de plus de 90 personnes directement concernées par cette proximité avec les infrastructures pour les combustibles fossiles: défenseurs des terres indigènes, pêcheurs, communautés côtières, militants, journalistes, artisans, du Brésil au Canada, du Sénégal à l’Équateur. 

Outre la santé, ces installations disloquent les économies et les identités culturelles. Des outils juridiques et militaires, la corruption, le manque de transparence et la désinformation sont employés pour faire taire les voix « contraintes » et s’emparer des territoires. Et tandis que le monde se réunit à la COP30 pour discuter de son avenir, l’industrie fossile continue de s’étendre: quelque 3 500 autres installations seraient en phase de proposition, de développement ou de construction, et leur expansion mettrait en péril 135 millions de personnes supplémentaires.

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