Libérer les homards achetés au restaurant : est-ce vraiment une bonne idée ?

Cela fait parler de cette affaire ces derniers jours, impliquant deux touristes texanes et une dizaine d’homards libérés en mer. La discussion n’est pas tant sur la noblesse du geste que sur ses conséquences: comme c’est souvent le cas quand on parle de réintroduire des animaux dans la nature (peut-être vous souvenez-vous du cas de Licia Colò), il n’est pas avisé d’agir sans savoir ce que l’on fait pour les animaux et l’environnement.

Ici, nous proposons d’expliquer pourquoi, aussi louable que soit l’élan, la libération de ces homards a été une erreur.

Les problèmes environnementaux…

L’histoire se lit un peu partout, mais en bref elle s’est déroulée ainsi: deux touristes américaines en vacances dans le sud de la France ont demandé au propriétaire d’un restaurant d’acheter tous les homards qu’il tenait dans son aquarium en attendant d’être choisis et cuits. Les deux ont ensuite été accompagnées jusqu’à la côte et ont libéré les homards dans la Méditerranée, bien entendu en filmant tout et en terminant par des remerciements au propriétaire du restaurant. La première question à se poser est: de quelles espèces s’agissait‑il ?

Dans les marchés de la pêche français, la plupart des homards en vente sont des Homarus americanus, une espèce non autochtone dont l’introduction dans l’environnement pourrait engendrer une infinité de problèmes, allant de la transmission de pathogènes à une “concurrence déloyale” avec les espèces locales.

Certainement, il existe aussi la possibilité que ces spécimens soient des homards méditerranéens (Homarus gammarus), mais encore: quelle est leur provenance? Et leur état de santé? Jeter à l’eau un animal qui n’a subi aucune analyse vétérinaire expose l’écosystème à des agents pathogènes et des parasites.

… et ceux sanitaires

On pourrait faire valoir que, du moins, cette dizaine d’homards a été sortie des souffrances du restaurant et s’est vu offrir une seconde chance. En réalité, tout cela reste à démontrer. Il s’agit d’animaux qui ont passé des jours ou des semaines dans un bac à température contrôlée, et qui se retrouvent brusquement catapultés dans une mer glacée: le choc thermique à lui seul pourrait suffire à les tuer.

Mais parlons aussi de ces animaux qui ont des habitudes nocturnes et qui, s’ils sont libérés en plein jour (comme ce fut le cas), risquent d’être prédés, et qui préfèrent les fonds rocheux et riches en crevasses et fissures: le fond sablonneux de la Côte méditerranéenne française n’est pas leur habitat idéal, au contraire.

En somme: même en dehors des dommages potentiels pour l’écosystème, les homards libérés par ces deux touristes n’ont pas bénéficié d’une vie meilleure, mais probablement d’une mort rapide et non indolore. C’est pourquoi il est important, avant même de condamner les auteures du geste, d’expliquer toutes ces choses et de travailler pour augmenter l’alphabétisation scientifique, afin d’accompagner la bonne volonté par une connaissance de ce qu’il est préférable de faire, pour les animaux et pour l’environnement.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Jerry Guirault
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