La sonda MMX est partie pour une mission historique directement dirigée vers Phobos, avec pour objectif de ramener sur Terre un échantillon de sol : environ dix grammes de poussière qui permettront d’éclairer l’origine des satellites de Mars.
À 21h41, heure italienne, le lanceur H3 a décollé du Tanegashima Space Center, au Japon, avec la sonde MMX (Martian Moons eXploration).
Le lanceur H3 est parti comme prévu et, environ 71 minutes et 13 secondes après le décollage, la séparation de la sonde MMX a été confirmée. La sonde MMX a ensuite été injectée sur l’orbite préétablie.
Il s’agit de la première mission visant à prélever un échantillon d’une lune de Mars et à le ramener sur Terre. Le but n’est pas immense en poids — environ dix grammes de matière — mais les questions que cet échantillon peut éclairer sont loin d’être de faible importance : les voici…

D’où viennent Phobos et Deimos ?
Voilà la question qui a donné naissance à la mission. Les deux lunes sont minuscules et irrégulières, si bien qu’elles ressemblent plus à des cailloux cosmiques qu’aux satellites ronds des planètes géantes. Pendant des décennies, les astronomes se sont rangés derrière deux hypothèses distinctes : astéroïdes capturés par la gravité martienne, ou fragments issus d’un impact gigantesque, qui se seraient réorganisés en orbite.
Chacune de ces explications explique certaines choses, mais en laisse d’autres de côté. L’échantillon servira de juge. Une composition de type asteroidale, primitive et riche en composés volatils pencherait la balance en faveur de la capture. Un matériau remanié, plus proche des roches martiennes, indiquerait une origine locale. Comme l’a écrit JAXA, comprendre comment Mars et ses lunes se sont formées est l’un des sujets les plus débattus de la science du système solaire.
Qu’y a-t-il dans un « morceau de Mars » apporté par l’espace ?
Phobos orbite très près de la planète et, au fil de milliards d’années, il a accumulé une partie du matériel projeté dans l’espace par les impacts sur la surface martienne. Son sol pourrait donc contenir, mêlés au sien, des grains venus directement de Mars.
Ce serait une manière indirecte et relativement économique d’empoigner du matériel martien, alors que d’autres programmes de restitution d’échantillons peinent à progresser.
Est-ce une mission possible ? Le défi technique
Sur le papier, la trajectoire est bien tracée. Selon les plans, la sonde entrera en orbite autour de Mars en août 2027 et autour de Phobos en septembre de la même année. Puis suivra le déploiement d’un petit rover et les prélèvements : deux types d’échantillons, sur deux faces différentes de la lune. Le retour est prévu en deux étapes : le module de rentrée quittera Mars en novembre 2030 et la capsule atterrira en 2031 dans la zone de Woomera, en Australie. À bord voyage également un petit invité européen : le rover IDEFIX, environ 25 kilos sur Terre, développé par le CNES et le DLR et premier rover non japonais sur un corps autre que notre planète. Il devra évoluer là où la gravité est très faible et où la surface est peu connue.
Atterrir sur Phobos ne ressemble à aucun atterrissage réalisé jusqu’ici et le précédent à éviter est celui de Philae, le module d’atterrissage de la mission Rosetta, qui en 2014 a rebondi sur la comète 67P après l’échec de son ancrage. Sur Phobos, la gravité est si faible que les 25 kg d’IDEFIX ne pèseront qu’environ 12 grammes, soit le poids d’un grain de raisin.
Le rover ne freinera pas activement : il sera lâché d’environ 40 mètres de hauteur et touchera le sol à environ 1 mètre par seconde, bien en dessous de la vitesse de fuite de la lune, d’environ 10 m/s, afin d’éviter qu’il ne soit éjecté dans l’espace. Le concepteur du rover au DLR, Markus Grebenstein, a expliqué que la chute dure entre 60 et 80 secondes et que l’impact se produit à moins d’un mètre par seconde. Les rebonds, toutefois, sont prévus : IDEFIX s’immobilisera à un endroit aléatoire après quelques rebonds, se redressera tout seul et déploiera les panneaux solaires, le tout de manière autonome.