Naître à deux : que signifie élever des jumeaux ?

Naitre et grandir ensemble, partager l’apparence physique et parfois les mêmes gènes… la croissance de deux enfants jumeaux nous pousse à réfléchir sur les particularités de cette relation unique entre frères et sœurs

Les études scientifiques des vingt dernières années ont bouleversé nos connaissances sur la vie prénatale, nous permettant de découvrir que le lien entre deux jumeaux se noue dès la grossesse. Des formes d’interaction particulières se poursuivent même après la naissance. Une fois nés, les jumeaux semblent garder l’attitude qu’ils avaient dans le ventre. Par exemple, si, pendant la gestation, l’un des deux « prenait plus de place » et se montrait plus vivant et plus agité que le jumeau — alors que l’autre était plus calme et avait tendance à occuper moins d’espace dans le ventre — ce type de tempérament sera observable par la suite. Celui qui bougeait le plus et occupait le plus d’espace aura tendance à un tempérament plus extraverti et dominateur par rapport au jumeau qui dans le ventre était moins interactif, lequel continuera à avoir un comportement plus gregaire et plus timide.

Le langage secret des jumeaux

Même le développement du langage peut connaître une étape particulière. Il peut arriver que les jumeaux développent une sorte de langage tout à eux, incompréhensible pour les étrangers, avec lequel ils communiquent entre eux. Ce type de criptofasie — un accord de gestes et de mots inconnus des adultes — se crée pour faciliter leurs échanges. La plupart du temps, ce langage à deux s’efface tout seul, pour laisser place au langage partagé avec les autres. Si cela ne se produit pas, il existe un risque que les enfants n’activent pas pleinement le développement linguistique normal et que l’acquisition du langage puisse être retardée. Maman et papa s’adaptent parfois et apprennent le sens des gestes propres des enfants, répondant à leurs demandes exprimées par des mots inventés. Dans ces cas, le conseil est de favoriser l’émergence du langage en évitant d’employer à votre tour les néologismes des enfants: la réponse de l’adulte se fera en nommant les objets et les actions dans la langue des adultes.

Un compromis à trouver

Le développement de l’autonomie concerne en général la relation entre les frères et sœurs, d’autant plus si ce sont des jumeaux. Le fait de ne pas être enfant unique impose de s’ouvrir plus fréquemment à des attentes pour son tour, des compromis entre ses propres besoins et ceux des autres, la répartition des tâches à la maison et l’autonomie dans des activités simples comme s’habiller, se laver ou prendre le petit-déjeuner. Si l’on est jumeau, il est facile que ces conquêtes arrivent plus tôt, aussi pour des raisons pratiques de gestion familiale qui exigent une organisation du temps et favorisent par conséquent l’acquisition des autonomies.

Voici quelques petites précautions à surveiller: dans l’attente de son tour, il vaut mieux varier fréquemment l’ordre; si Léa est la première à prendre le bain et Alexis est le second, il faut chercher à inverser l’ordre le lendemain, afin de ne pas faire apparaître des différences de traitement. Il est également conseillé d’éviter les comparaisons: les jumeaux sont nés ensemble mais ne sont pas identiques, et personne ne doit s’attendre à ce qu’ils soient tous deux de bons joueurs de football, de bons guitaristes, et qu’ils aient tous deux d’excellentes notes à l’école.

Jumeaux : une empathie particulière

La relation entre jumeaux est une relation fraternelle courante. Cependant partager les mêmes espaces et temps de croissance entraîne aussi un partage relationnel et émotionnel plus important, qui renforce et solidifie le lien entre frères et sœurs. La télépathie entre jumeaux est une légende urbaine, mais il existe toutefois une connexion profonde qui naît dans le ventre de la mère et qui se développe grâce à cette predisposition à la relation que possèdent tous les êtres humains, laquelle, dans le cas des jumeaux, s’exerce préférentiellement avec le frère ou la sœur avec qui ils partagent le temps.

La recherche de sa propre personnalité

Considérer deux enfants jumeaux comme un tout unique est une erreur plus fréquente qu’on ne le pense. Le fait qu’ils aient le même âge et les mêmes besoins ne signifie pas qu’ils soient la même chose. Leurs besoins peuvent même être très différents. Il arrive fréquemment que le duo d’enfants soit appelé, par commodité ou par simplification, « les jumeaux », mais c’est justement à partir de cette omission du prénom individuel qu’on peut s’apercevoir que chaque enfant existe en tant qu’individu.

Il vaut mieux dire « allons à la fête de Léa et Alexis » que « allons à la fête des jumeaux »; tout comme attribuer des tâches différentes en évitant l’utilisation du pluriel: pas « rangez la chambre », mais demander à Léa de mettre de l’ordre dans les constructions et à Alexis de remettre les crayons dans la boîte. De plus, il est bon d’offrir à chaque enfant des petits moments seuls sans le frère ou la sœur jumeau, en s’organisant entre maman et papa pour passer du temps seul avec l’un des deux. Dans le choix d’inscrire ou non les frères dans la même classe, il faut évaluer chaque cas. En général, toutefois, il faut favoriser dès le départ le développement de l’individualité de chacun des deux enfants, de leurs propres intérêts ou de leurs propres amitiés, en les accompagnant avec sérénité vers une relation fraternelle solide et complice.

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Avatar de Julie Ménard
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