Les patients en fin de vie vivent des expériences oniriques de plus en plus réalistes à l’approche du décès. Axées sur des proches déjà disparus, ces visions préparent à la séparation.
L’étreinte d’un proche décédé, qui attend de l’autre côté d’un escalier inondé de lumière: les personnes qui approchent de la mort font des rêves au contenu émotionnel fort et riches de symboles de transition. C’est l’un des mécanismes par lesquels le cerveau se prépare au passage, et un moment d’acceptation pour les patients. Les rêves offrent un réconfort psychologique aux personnes qui affrontent la fin de vie: selon une étude coordonnée par Elisa Rabitti, psychologue et psychothérapeute de l’AUSL Reggio Emilia, où elle s’occupe du soutien aux patients en soins palliatifs et à leurs proches. La recherche a été publiée dans la revue scientifique Death Studies.
Se retrouver de l’autre côté du seuil
Après avoir obtenu le consentement des patients, Rabitti et ses collègues ont demandé à 239 professionnels de santé travaillant en service de soins palliatifs (médecins, infirmier·ère·s, psychologues et autres personnes en contact avec les patients) de raconter les rêves et visions vécus au réveil par les personnes qu’ils avaient assistées. Les sujets les plus courants ont été des rencontres avec des proches ou des animaux décédés autrefois, souvent dans l’attente d’accueillir les patients après le passage. Un autre élément récurrent est constitué par des symboles de passage, tels que des escaliers et des portes ouvertes et lumineuses – une tentative du cerveau de donner un sens à une transformation imminente.
Dans ce sens, et comme le relate un article du New Scientist, la recherche confirme des travaux antérieurs sur le sujet, selon lesquels rêver de personnes qui nous ont aimés et rassurés de leur vivant est courant dans les derniers jours, tout comme les rêves qui impliquent une « préparation » (faire les valises et monter dans un bus).
Sensations positives
Dans la plupart des cas rapportés par Rabitti et les autres auteurs, les patients se sont sentis réconfortés par ce type de rêves, qui ont laissé derrière eux une impression de paix. Seulement 10% des personnes assistées ont évoqué des rêves angosciants. D’après des enquêtes antérieures sur les rêves et la fin de vie, comme celles menées par le groupe de Christopher Kerr, à l’Hospice Buffalo dans l’État de New York, il avait été démontré que, dans cette phase, on tend à reconstituer, pendant le sommeil, des morceaux que la vie avait séparés; des mères qui rêvent des enfants perdus à la naissance, des anciens combattants qui résolvent dans leurs rêves des traumatismes qu’ils trainaient depuis une vie.
Selon Kerr, la fréquence de ces rêves trouve une explication scientifique dans le fait que, pour ceux qui vivent lentement les derniers jours, la mort est précédée par des nuits de plus en plus longues, où le détachement de la veille s’estompe et il devient difficile de distinguer entre rêves, visions et réalité. Un lent glissement vers la mort, selon Kerr, caractérisé par l’absence de peur et par une abondance d’amour et de sens, apportant du réconfort également pour les proches.