Comme chaque année, à l’approche de l’été, recommence l’éternelle diatribe : crème solaire oui, crème solaire non ? Au XXIe siècle devrait être clair pour tous que la crème solaire est un bouclier nécessaire pour protéger la peau des rayons UVA et UVB, prévenant (entre autres choses) le cancer. Toutefois, il existe encore une petite mais bruyante frange de la population convaincue qu’il vaut mieux prendre des coups de soleil que d’étaler sur la peau les protections solaires, accusées de substances toxiques, cancérogènes ou même d’empêcher les bienfaits de l’exposition au soleil.
Comment on te vend la crème solaire
Une équipe de chercheurs de l’Université d’Alberta (Canada) a mené une étude pour analyser la diffusion de la désinformation autour des crèmes solaires sur TikTok. Les chercheurs ont d’abord identifié les cinq hashtags les plus utilisés dans le domaine de la « protection solaire » (#sunscreen, #sunscreenviral, #spf, #sunscreenreview et #sunprotection), puis analysé 971 vidéos sur le sujet qui totalisaient plus de 2,4 milliards de vues.
Bonnes nouvelles : 86,6% des vidéos promeuvent l’usage de la crème solaire, avec une communication principalement axée sur l’esthétique et le marketing de produits spécifiques, souvent en mettant en avant des codes promo. En particulier, les bénéfices les plus cités par les tiktokeurs sont la protection contre les dommages cutanés généraux (17,4%), contre l’acné (15,3%), contre le vieillissement (11,5%) et, seulement en dernier, contre le cancer (6,1%).
« Il a été surprenant de voir autant de TikTok qui promeuvent l’usage de la crème solaire sans mentionner explicitement le rôle important qu’elle joue dans la prévention du cancer », commentent les auteurs.
Désinformation peu répandue, mais fortement partagée
La majorité des vidéos opposées à l’usage de la protection solaire soutiennent, entre autres, que la crème solaire agit comme un perturbateur endocrinien (c’est-à-dire altère l’équilibre hormonal), qu’elle contient des cancérogènes et même qu’elle contamine le lait maternel.
Bien que ces TikTok ne représentent qu’environ 6% du total, ils génèrent en moyenne le double des likes, pratiquement quatre fois les partages et trois fois les commentaires par rapport aux vidéos positives et simplement promotionnelles, sans totaliser un nombre de vues substantiellement plus élevé. Cela suggère que ces vidéos n’atteignent pas nécessairement plus de personnes, mais les impliquent de manière plus intense : expliquent les chercheurs, les contenus contraires au sens commun comme les théories du complot ou les fake news stimulent les émotions et augmentent la propension à interagir et partager, surtout dans des communautés déjà prédisposées à ces thématiques.
« TikTok n’est pas nécessairement envahi par la désinformation sur la crème solaire, mais les TikToks qui affirment de manière dangereuse que la crème solaire est nocive ou inutile obtiennent des niveaux d’engagement très élevés par rapport aux autres », concluent les auteurs.