Il Cratère Meteorite, formé il y a 56 000 ans par un astéroïde pesant environ 300 000 tonnes, aurait provoqué un glissement de terrain dans le Grand Canyon, obstruant le fleuve Colorado et créant un ancien lac.
Deux des monuments naturels les plus emblématiques de l’Arizona — le Cratère Meteorite et le Grand Canyon — pourraient être reliés par un phénomène cosmique datant de 56 000 ans. C’est cette hypothèse captivante qu’un récent travail géologique audacieux cherche à confirmer. Selon cette étude, l’impact d’un astéroïde serait à l’origine de la formation temporaire d’un lac ancien situé au cœur du Grand Canyon.
Une violence cosmique. Tout a commencé lors d’un véritable cataclysme : un astéroïde composé de nickel et de fer, pesant environ 300 000 tonnes, avec un diamètre estimé entre 30 et 50 mètres, s’est écrasé sur le plateau du Colorado à une vitesse de plus de 11 kilomètres par seconde. L’impact, équivalent à plus de 150 bombes atomiques, a creusé le Cratère Meteorite, aussi appelé Cratère Barringer, l’un des cratères météoritiques les mieux conservés au monde. Situé près de Winslow, en Arizona, ce cratère mesure environ 1,2 kilomètre de diamètre pour une profondeur de 180 mètres.
D’après cette étude, publiée dans la revue Geology par une équipe de chercheurs internationaux, et basée sur plus de cinquante ans d’enquêtes géologiques, l’impact n’aurait pas uniquement eu lieu au point de collision initial. Le tremblement de terre généré — d’une magnitude de 5,4 — aurait atteint le Grand Canyon en quelques secondes en parcourant plus de 160 kilomètres. Le choc sismique aurait alors provoqué un glissement de terrain massif dans la région de Nankoweap, au point de bloquer temporairement le courant du fleuve Colorado, donnant naissance à un lac long de 80 kilomètres et dont la profondeur dépassait 100 mètres.
Les preuves. L’existence du fameux « lac paléolithique de Nankoweap » repose sur une série d’indices géologiques découverts au fil du temps. Le plus significatif se trouve dans la grotte de Stanton, située à 45 mètres au-dessus du niveau actuel du Colorado. À l’intérieur, les chercheurs ont retrouvé du bois flotté ainsi que des sédiments lacustres, témoignant d’une crue exceptionnelle, dix fois plus forte que toutes celles connues dans les derniers millénaires.
Le premier échantillon de bois, récolté en 1970 et daté au radiocarbone dans les années 80, indiquait une âge d’environ 44 000 ans, qui représentait alors la limite maximale des analyses disponibles à l’époque. D’autres échantillons, prélevés dans une autre alcôve à 33 mètres au-dessus du fleuve et à quelques kilomètres de là, ont été soumis à des méthodes de datation plus modernes. En combinant la datation au radiocarbone et la datation par luminescence — qui mesure la lumière émise par des cristaux minéraux pour déterminer leur âge — les résultats convergent tous vers une période d’environ 55 600 ans.

Une digue naturelle. D’autres éléments cruciaux proviennent de dépôts géologiques découverts à environ 35 kilomètres en aval de la grotte de Stanton, où apparaissent des restes d’une digue naturelle probablement formée par un glissement de terrain.
Au-dessus de ce dépôt, on trouve des galets arrondis, qui témoignent du moment où le fleuve Colorado a commencé à dépasser cet obstacle, en érodant progressivement la digue sur une période d’environ un millénaire.
L’ensemble de ces indices — datation de l’impact, glissement de terrain, sédiments lacustres et bois flotté — compose un tableau cohérent : un événement cosmique a eu des répercussions directes sur le réseau hydrographique et la géologie de l’Arizona, modifiant temporairement le paysage du Grand Canyon.
Des coïncidences ? Bien que les chercheurs soulignent que le lac paléolithique de Nankoweap pourrait aussi avoir été causé par un autre glissement de terrain ou un tremblement de terre sans lien avec l’impact, il est difficile d’ignorer la synchronisation des événements au vu de leur contexte géologique et temporel.
« L’impact de la météorite, le glissement massif, les dépôts lacustres et le bois flotté situés à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du lit du fleuve, tous ces phénomènes sont rares et exceptionnels », explique Karl Karlstrom, géologue à l’Université du Nouveau-Mexique et co-auteur principal de l’étude. « Le fait que leur âge coïncide dans une fenêtre temporelle aussi restreinte renforce l’hypothèse d’un lien direct. » Si ces conclusions sont confirmées par de futures recherches, la relation entre ces deux merveilles naturelles américaines pourrait bien réécrire l’histoire géologique de l’Arizona, tout en offrant une remarquable démonstration de comment une seule « violence cosmique » peut laisser des traces profondes sur Terre, visibles même après des dizaines de millénaires.