C’était en 1975 lorsque le géochimiste Wallace Broecker a forgé l’expression global warming, l’intégrant dans le titre de son article publié dans Science, « Climatic Change: Are We on the Brink of a Pronounced Global Warming? ». Depuis lors, ce néologisme est devenu un terme courant, objet d’un nombre croissant d’études scientifiques : l’une des recherches les plus récentes, publiée dans Nature Communications, a identifié les zones du monde où le réchauffement global progresse plus rapidement et à partir de quel moment cette accélération s’amorce. « Nous voulions offrir un cadre plus clair, région par région, sur l’endroit où le réchauffement s’accélère réellement et sur le moment où cette accélération a débuté », explique Claudie Beaulieu, coordinatrice de cette étude.
Les auteurs ont analysé cinq grandes bases de données de températures de surface enregistrées de 1970 à 2024, à la recherche des instants où la vitesse à laquelle une zone donnée se réchauffait changeait. L’étude a permis d’identifier plusieurs régions où la température a augmenté plus rapidement : Bolivie, Méditerranée orientale, Pacifique nord et Nouvelle‑Zélande.
Le Golfe du Mexique et la Chine, les zones les plus « chaudes »
L’accélération la plus marquée se serait produite dans le Golfe du Mexique et dans le sud-est de la Chine : ici, le rythme du réchauffement aurait augmenté respectivement d’environ dix fois depuis 2012 et de cinq fois depuis 2013. « Notre étude montre que les accélérations du réchauffement à l’échelle régionale sont apparues par vagues distinctes, avec des dates de début qui varient des années quatre-vingt-dix aux années deux mille environ, selon la région géographique », souligne Beaulieu.
Air trop propre ?
Bien que l’étude ne donne pas de réponses définitives sur les raisons de ces augmentations, les auteurs émettent l’hypothèse selon laquelle une partie de la faute pourrait revenir à une diminution des aérosols atmosphériques, en particulier de ceux contenant du soufre. Ces minuscules particules réfléchissent les rayons du soleil, créant une sorte de bouclier qui refroidit l’atmosphère : en Chine, la baisse des émissions de dioxyde de soufre liée à la fermeture de centrales électriques à charbon pourrait avoir contribué à accélérer le rythme du réchauffement global.
En outre, d’autres facteurs pourraient intervenir, notamment des phénomènes naturels tels que El Niño (qui expliquerait en particulier l’augmentation exceptionnelle observée durant le duo 2023-2024) et des oscillations océaniques comme la PDO (Oscillation Pacifique Décadale) ou l’AMO (Oscillation Multidecennale Atlantique).
Impacts sur les populations et les écosystèmes
Même une légère accélération de la vitesse du réchauffement peut se traduire par une augmentation disproportionnée de la probabilité d’événements climatiques extrêmes : les régions les plus peuplées et les moins développées, ainsi que les écosystèmes, pourraient être les plus vulnérables, les premiers aux effets des fortes fluctuations et les seconds, selon leur capacité d’adaptation, à des augmentations graduelles de température. « L’espoir est que notre travail puisse fournir des outils et un soutien pour mieux prévoir les impacts locaux et concentrer les interventions là où elles sont les plus nécessaires », conclut Beaulieu.